Afrique : Multiplication des meurtres rituels

Une marche était organisée le 28 décembre dernier à Libreville (Gabon) par l’Association de Lutte contre les Crimes Rituels.

Une augmentation des meurtres rituels est constatée depuis quelques années dans plusieurs pays africains. Ces actes seraient souvent commandités par des personnes des hautes sphères de l´Etat voulant acquérir plus de pouvoir par le biais de la magie noire. Ainsi, au Nigéria, des morceaux de corps humains ont été retrouvés le 17 février 2013 dans un sac, près de Lagos, au sud du Nigeria. Le chef d´une secte locale semble impliqué dans l´affaire.

Ce dernier incident n’est pas un cas isolé en Afrique noire. Dans un entretien daté de juillet 2011 sur Radio France Internationale (RFI), Jean Elvis Ebang Ondo, président de l’« Association de lutte contre les crimes rituels » (ALCR) évoquait déjà la recrudescence des crimes rituels au Gabon. « Une élite nationale, sans foi ni loi, utilise elle-même ces pratiques occultes au vu et au su de tous », dénonçait-il. Le crime rituel est « devenu une forme de coutume intégrée aux mœurs gabonaises », poursuivait-il avant de préciser : « De nombreux Gabonais pensent qu´il faut faire de la magie noire, ou appartenir à une loge pour réussir (…) Les crimes rituels sont pratiqués par des réseaux secrets, pour prélever du sang et certaines parties du corps des victimes (…) censés offrir jeunesse, santé, richesse, réussite ou pouvoir ».

Le militant gabonais racontait aussi qu’en période électorale, « il y a un carnage qui ne dit pas son nom. A chaque mouvement politique, élection ou remaniement ministériel, des personnalités sacrifient des proches parents ». Les commanditaires de tels actes ne sont jamais présentés à la barre des tribunaux. « On arrête des assassins, relâchés quelques mois plus tard. Il existe une impunité, une véritable solidarité… »

Fin janvier 2013, l’agence d´information suisse Infosud relatait une série de meurtres au Cameroun, plusieurs cadavres mutilés de jeunes femmes ayant été découverts à Yaoundé, la capitale, en l’espace de deux mois. Selon l´agence « les commanditaires de ces crimes, sur requête de leur marabout, seraient proches du pouvoir ».

Si le nombre de victimes fait débat – sept selon le gouvernement, une dizaine d´après la presse locale –, tous s´accordent pour parler de crimes rituels et de « pratiques magico-diaboliques ». Pour le docteur Mballa, sociologue camerounais, cité par le quotidien Le Temps daté du 30 janvier dernier, « 2013 est une année électorale cruciale pour notre pays, avec les législatives, les municipales et les sénatoriales. Comme à chaque approche d´un remaniement ministériel, quelques riches prétendants à de hautes responsabilités peuvent commanditer de tels crimes. » Et le sociologue d’ajouter que « certains membres du corps humain sont considérés comme des sanctuaires de l’âme, alors que d’autres parties du corps sont prisées car elles irrigueraient une force vitale ».

En 2012, Titus Edzoa, ancien secrétaire général de la présidence de la République, incarcéré aujourd´hui pour corruption, a publié un livre où il reconnaît l´existence de ces pratiques. « Boire du sang humain tout frais, c´est particulièrement excitant pour les caprices des démons », affirmait-il. Avant cet ouvrage, un autre témoignage intitulé Au Cameroun de Paul Biya (le président du Cameroun depuis 1982, ndlr), écrit par Fanny Pigeaud, l’ancienne correspondante sur place de l’AFP et du quotidien français Libération, évoquait déjà les rituels de sorcellerie pratiqués au plus haut sommet de l’Etat.

(Sources : apic/rfi/Le Temps DICI n°271 du 01/03/13)

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