Espagne : Avortement à 16 ans adopté par les ministres

Le Conseil des Ministres espagnol a approuvé, le 15 mai, la proposition de loi sur « l’Interruption Volontaire de Grossesse et Santé Sexuelle et Reproduction ». L’Eglise catholique ainsi que des associations pour la défense de la vie avaient appelé, fin mars, à une mobilisation générale à Madrid pour protester contre ce projet de loi. La nouvelle norme remplacera, quand elle sera promulguée comme loi, l’actuelle législation en vigueur depuis 1985 qui dépénalise l’avortement dans les cas de violence, de graves malformations du fœtus et de danger pour la santé physique et psychique de la mère. La nouvelle loi fixera à 16 ans l’âge de la majorité permettant de prendre la décision d’avorter.

Bibiana Aído, ministre espagnol pour l’égalité, a expliqué que jusqu’à la quatorzième semaine de gestation, la femme pourra interrompre librement sa grossesse. De manière exceptionnelle, jusqu’à la vingt-deuxième semaine, la femme pourra interrompre sa grossesse s’il y a un risque pour sa vie ou sa santé ou s’il y avait de graves anomalies dans le fœtus. Dans les deux cas, il convient qu’un jugement soit donné par deux médecins spécialistes. A partir de ce moment, seul un comité clinique pluridisciplinaire pourra autoriser une interruption sur demande de la femme enceinte quand on découvrira des anomalies fœtales incompatibles avec la vie ou une maladie excessivement grave et incurable. Le texte établit qu’aucune femme ne pourra être punie de prison pour interruption de sa grossesse.

Plusieurs sondages réalisés en Espagne sur la question de l’avortement montre qu’une majorité d’Espagnols est opposée au droit à l’avortement sans consentement parental dès l’âge de 16 ans. Selon un sondage réalisé par Sigma 2 et présenté par la Plateforme Droit de Vivre, la loi serait refusée par une majorité des citoyens. 43,1% des femmes repoussent les termes de la loi, tandis que 34,3% sont d’accord. Dans l’ensemble de la population, 40,5% la rejette tandis que 36,7% l’approuve. Un sondage réalisé pour El Pais auprès de 1.000 personnes montre que 64% des Espagnols y sont opposés, représentant 56% des électeurs socialistes.

Le cardinal Antonio Canizares Llovera, préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, a déclaré le 28 mai que l’avortement était bien pire que les abus sur des mineurs en Irlande : « Ce qui a pu se passer dans un certain nombre de collèges n’est pas comparable avec les millions de vies détruites par l’avortement ». Ces paroles ont irrité le gouvernement du socialiste José-Luis Zapatero : « C’est très grave et irresponsable de comparer les abus sur des mineurs avec l’avortement », a affirmé Trinidad Jimenez, ministre de la Santé et de la Politique sociale.

La Commission permanente de la Conférence épiscopale espagnole (CEE) s’est réunie à Madrid, les 16 et 17 juin et a publié une Déclaration sur le projet de loi sur l’avortement : l’atteinte à la vie de ceux qui vont naître transformée en droit. Les évêques déclarent que si le projet de loi en question devient une loi, cela signifierait « un grave retour en arrière dans la protection de la vie d’où surgirait un abandon plus grand des femmes enceintes, et en définitive un dommage très sérieux pour le bien commun ». Selon eux, l’aspect peut-être le plus obscur du projet « est le prétexte de qualifier l’avortement comme un droit qui devrait être protégé par l’Etat ». En effet, durant la période de 14 semaines qu’établit la loi, « la volonté de la mère se transforme en juge absolu de la vie et de la mort de l’enfant qu’elle porte en elle ». Or « le droit à la vie n’est pas une concession de l’Etat, c’est un droit qui précède l’Etat lui-même, et que celui-ci a toujours l’obligation de protéger ».

« Avorter n’a jamais été un soin, c’est toujours un meurtre », affirment les évêques. « Une politique de santé authentique doit toujours tenir compte de la santé de la mère enceinte, mais aussi de la vie et de la santé de l’enfant qui va naître ». Les prélats espagnols dénoncent aussi le fait que « ce projet de loi ne manifeste pas d’intérêt réel pour le bien des femmes tentées par l’avortement, en particulier les plus jeunes. On se limite à leur ouvrir un chemin vers un abîme moral et vers le syndrome post-avortement ». La déclaration rappelle que chaque être humain « est un don sacré pour ses parents et pour toute la société », et par conséquent « sa vie ne peut pas être laissée à l’arbitraire de quelqu’un, encore moins à celui de l’État dont le devoir premier est exactement celui de garantir le droit de tous à la vie, comme élément fondamental du bien commun ».

(Sources : apic/fides)

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