Egypte : Le cardinal Naguib dénonce la montée des islamistes
11-11-2011
Classé sous Actualités, Eglise dans le monde
Le cardinal Antonios Naguib – Patriarche copte catholique d´Alexandrie, né à Minya (Haute-Egypte) le 7 mars 1935 – était invité à intervenir lors de la 5e Journée nationale de sensibilisation et de prière pour les chrétiens victimes de discrimination et de persécutions, organisée à la cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg (Suisse) par l´Aide à l´Eglise en Détresse (AED), les 29 et 30 octobre 2011.
Le patriarche copte catholique a déclaré que durant le Synode des Evêques pour le Moyen-Orient, en octobre 2010, à Rome, les Pères synodaux n´ont jamais utilisé le mot « persécution » à propos de la situation des chrétiens dans cette région du monde. « Mais cela ne veut pas dire que tout va bien, ou qu´il n´y a pas de problèmes… »
Sur les 88 millions d´habitants que compte l´Egypte aujourd´hui, près de 9 millions sont des chrétiens, en grande majorité coptes orthodoxes. Les 7 Eglises catholiques du pays rassemblent environ 250.000 fidèles, essentiellement coptes catholiques. Les chrétiens d´Egypte, s´ils ne sont pas persécutés en tant que tels, doivent cependant faire face à de nombreux interdits imposés par le Coran et la charia, la jurisprudence islamique. Le cardinal Antonios Naguib a également mentionné d´autres problèmes douloureux pour les chrétiens : les manuels scolaires et universitaires qui offensent ou attaquent ouvertement les chrétiens et la foi chrétienne. Les médias de l´Etat ne donnent pas de programmes religieux chrétiens, à l´exception des messes de Noël et de Pâques, tandis que les programmes religieux musulmans sont diffusés jour et nuit.
Pendant la première période de la révolution qui a chassé du pouvoir le président Hosni Moubarak, « le phénomène merveilleux fut qu´elle n’ait pas touché la religion… au contraire, elle a renforcé les liens entre musulmans et chrétiens », a affirmé le patriarche Antonios Naguib. « On priait dans les églises et les mosquées pour le retour de la paix et de l´ordre. Beaucoup de chrétiens et de musulmans ont vécu ensemble avec un esprit de coopération et d´amitié. On espérait une nouvelle ère de fraternité. Malheureusement ce beau rêve ne dura pas longtemps ! » Maintenant, a-t-il déploré, les fondamentalistes islamiques sont sortis du bois et les attaques contre les chrétiens se répètent, comme celles visant l´église des Martyrs, à Sôl, au sud du Caire, le 8 mars dernier, ou l´église Saint Menas à Embaba, au Caire, le 7 mai et le 30 septembre dernier, l´église de Saint-Georges à Marinab. Il y eut ensuite les manifestations des chrétiens au Caire qui se sont terminées par la mort de 30 personnes et ont fait 329 blessés où « tous les indices montrent que l´attaque avait été programmée. Des reporters de la télévision ont incité à l´attaque contre des chrétiens manifestant pacifiquement, tandis que les autorités ont incriminé les coptes ! »
Interrogé par l´agence Apic, le cardinal Antonios Naguib a répondu mettre sa confiance cependant dans l´amitié entre musulmans et chrétiens dans la société égyptienne. Les chrétiens ont montré un nouveau visage « plein d´énergie, d´audace et de persévérance », et des écrivains musulmans demandent dans la presse l´établissement d´un Etat de droit démocratique, garantissant l´égalité pour tous. « Il y a là une grande chance de dialogue qu´il nous faut saisir ». « Nous rencontrons parmi les Frères musulmans en Egypte des personnes honnêtes et modérées, mais ce n´est ni la ligne de la majorité ni le reflet de la doctrine officielle… »
Le cardinal a rappelé qu’avant la nouvelle Constitution qu´a fait rédiger le président Anouar el-Sadate en 1971, la charia n´était que l´une des sources de la législation. Et si ce président a fait la paix avec Israël, il faut reconnaître que la paix était aussi bénéfique pour l´Egypte. Mais, a-t-il précisé dans cet entretien, on oublie un autre aspect : il a libéré de prison les Frères musulmans, fermé les yeux sur leurs activités…
Le Père Henri Boulad, ancien supérieur des jésuites à Alexandrie vivant au Caire, faisait également part de ses inquiétudes à l’AED, le 19 octobre dernier. « Je pense que l’armée est infiltrée par des islamistes. Nous sommes à un tournant inquiétant. Il y a une vraie récupération de la révolution par les fondamentalistes », affirmait-il. Le jésuite égyptien dénonçait une manipulation médiatique de l’opinion. « Les rebelles sont unanimement présentés comme des libéraux qui veulent la démocratie. Au lieu de démocraties, ce sont des régimes islamistes qui vont se mettre en place. Je pense que l’intervention de l’Occident dans les scénarios des pays arabes est dictée par des intérêts économiques et financiers. Il y a un manque d’objectivité total. Est-ce que l’Occident se rend compte qu’en mettant en place tous ces régimes dans le monde arabe, il se prépare à un avenir amer ? Personne n’a pris la véritable mesure de la puissance, de l’organisation et de la détermination des islamistes ».
Et de déclarer sans ambages : « Je suis surpris de voir à quel point l’Eglise d’une part et le peuple occidental d’autre part s’est laissé prendre par le politiquement correct concernant l’Islam. L’Islam devrait pouvoir s’autocritiquer. En Egypte, toute voix modérée est étouffée sous prétexte qu’elle n’est pas fidèle à la bonne tradition : le wahhabisme ». (Sources : apic/aed – DICI n°244 du 11/11/11)
Lire également :
Egypte : Le rêve interreligieux et la réalité islamique
Suisse : Deux témoignages sur la persécution contre les chrétiens en Egypte et en Irak
Egypte : « Les mouvements islamistes veulent le pouvoir »