Le pape François en Pologne, 27-31 juillet 2016

5-08-2016  
Classé sous Actualités, Rome

Le dernier voyage apostolique du pape a eu lieu du 27 au 31 juillet 2016, à l’occasion des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) organisées à Cracovie (Pologne). « Tout sera sous le signe de la miséricorde, en cette année jubilaire, a-t-il annoncé le 19 juillet, et dans la mémoire reconnaissante et fidèle de saint Jean-Paul II, qui a été l’artisan des Journées mondiales de la jeunesse, et le guide du peuple polonais sur son récent chemin historique vers la liberté ».

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Lors de la messe d’ouverture des JMJ 2016, sur le site de Blonia à Cracovie.

Le 27 juillet, François quittait Rome pour arriver à Cracovie en fin d’après-midi. Il a pris la parole devant le président Andrzej Duda, les représentants de la société civile et le corps diplomatique au château de Wawel. Le pape leur a demandé « un supplément de sagesse et de miséricorde, pour dépasser les peurs et réaliser le plus grand bien », malgré les oppositions polonaises à l’accueil des migrants.

Les migrants et les divorcés « remariés »

Le pape s’est ensuite entretenu en privé avec le chef de l’Etat. Puis, il s’est rendu dans la cathédrale de Cracovie pour y rencontrer à huis clos les 130 évêques polonais. Accueilli par le cardinal Stanisław Dziwisz, archevêque de Cracovie et ancien secrétaire particulier de Jean-Paul II, le souverain pontife a parlé de la sécularisation en Europe, des œuvres de miséricorde, de l’intégration des mouvements dans la vie paroissiale et de l’accueil des réfugiés, a fait savoir Mgr Stanisław Gądecki, président la Conférence des évêques polonais et archevêque de Poznan. Au sujet des réfugiés, a rapporté le prélat polonais, le pape a encouragé les évêques à se conformer à « l’Evangile qui enjoint d’aider ceux qui sont affligés ».

Quelques heures après l’arrivée du pape François à Cracovie, Mgr Gądecki, a tenu à préciser que l’Eglise polonaise refuserait d’accorder la communion aux divorcés remariés : « La question de la communion pour les divorcés remariés ne peut pas être résolue dans un confessionnal en deux minutes ou même en quelques années ». « Les prêtres et les laïcs doivent être dans la même démarche, sachant que si un mariage a été conclu de façon valide, il n’y a aucune raison pour que les divorcés remariés bénéficient de la communion », a-t-il ajouté. L’archevêque a cité le texte de Jean-Paul II sur la famille, qui exclut que les personnes divorcées remariées puissent recevoir l’eucharistie, rappelant que « nous ne pouvons pas délibérément outrepasser les préceptes du Christ concernant le divorce ».

On se souvient de l’intervention de Mgr Gądecki, lors du synode sur la famille en octobre 2015, au nom de « la conférence des évêques de Pologne tout entière » : « (…) L’Eglise, néanmoins, dans son enseignement relatif à l’accès des divorcés civilement ‘remariés’ à la sainte Communion ne peut pas se plier à la volonté de l’homme mais à la volonté du Christ. Par conséquent, l’Eglise ne peut pas se laisser conditionner par des sentiments de fausse compassion pour les personnes ni par des modèles de pensée erronés, fussent-ils diffusés dans le contexte où elle se trouve. L’accès à la sainte Communion de ceux qui continuent de cohabiter more uxorio sans un lien sacramentel serait en contradiction avec la Tradition de l’Eglise. » (cf. DICI n°314 du 24/04/15)

Le pape François prie au sanctuaire marial de Jasna Gora à Czestochowa, le 28 juillet 2016 en Pologne.

Le pape François prie au sanctuaire marial de Jasna Gora à Czestochowa, le 28 juillet 2016.

Le 28 juillet, le pape François a visité le couvent des Sœurs de la Présentation avant de se rendre à Czestochowa, au sud de la Pologne. Arrivé au monastère de Jasna Gora, il s’est recueilli dans la chapelle de la Vierge Noire, devant l’icône peinte par saint Luc, avant de célébrer la messe, pour le 1050e anniversaire du baptême de la Pologne. Devant plusieurs milliers de fidèles et en présence du président Andrzej Duda et du Premier ministre, la catholique Beata Maria Szydło, le pape a rappelé que l’histoire de la Pologne, « pétrie de l’Evangile, de la Croix et de la fidélité à l’Eglise, a vu la contagion positive d’une foi authentique, transmise de famille en famille, de père en fils, et surtout par les mamans et par les grand-mères, qu’il faut beaucoup remercier ». Invitant les fidèles à se tourner vers « la Mère de tous », le souverain pontife a souligné qu’en « Marie, nous trouvons la pleine correspondance au Seigneur » et souhaité « qu’elle nous obtienne la surabondance de l’Esprit, pour être de bons et fidèles serviteurs ».

Dans l’après-midi, de retour à Cracovie, le pape François a retrouvé des milliers de jeunes réunis sous la pluie, au parc Jordan de Blonia. A plusieurs reprises, comme à son habitude, il a dialogué avec la foule et lui a fait répéter un certain nombre de formules. Il a mis en garde les jeunes contre les « vendeurs de fausses illusions », les encourageant à « une vie renouvelée » dont la clé « ne s’achète pas », qui « n’est pas un objet » mais « une personne, elle s’appelle Jésus-Christ ». « Durant ces jours des JMJ, Jésus veut entrer dans notre maison : dans le cœur de chacun de nous », a poursuivi le pape ; « Jésus verra nos préoccupations, notre agitation, comme il l’a fait avec Marthe… et il attendra que nous l’écoutions comme Marie », a-t-il affirmé, avant de conclure : « tous ensemble, demandons au Seigneur, que chacun répète dans son cœur en silence : Seigneur, lance-nous dans l’aventure de la miséricorde ! »

Le 29 juillet, François s’est rendu en hélicoptère à 60 km à l’ouest de Cracovie, dans la ville des camps de concentration d’Auschwitz et de Birkenau, à Oświęcim. Le pape s’y est recueilli en silence sans prononcer de discours. Assis seul sur un banc, il pria un quart d’heure sur la ‘place de l’appel’, où le P. Maximilien Kolbe s’offrit à la place d’un père de famille, condamné à mourir, le 29 juillet 1941. Puis il se rendit seul dans la cellule où mourut le saint religieux, le 14 août 1941. Accueilli par Beata Maria Szydło, Premier ministre polonais, le pape a salué une dizaine de survivants et signé en espagnol le livre d’or du musée d’Auschwitz : « Seigneur, prends pitié de ton peuple. Seigneur, pardon pour tant de cruauté ». Au camp de Birkenau, un millier de personnes l’attendaient devant le monument des nations, pour un moment de prières, dont le psaume De Profundis chanté en hébreu par un rabbin et lu par le curé de Markowa.

De retour à Cracovie, visitant l’Hôpital pédiatrique universitaire (UCH) de Cracovie-Prokocim, le pape François a dénoncé notre société « polluée par la culture du ‘rebut’, qui est le contraire de la culture de l’accueil » pour encourager une « véritable civilisation, humaine et chrétienne » qui met « au centre de l’attention sociale et politique les personnes les plus défavorisées ».

Lors du Chemin de croix du vendredi 29 juillet.

Le chemin de croix du vendredi 29 juillet.

Enfin le pape a gagné le parc de Blonia, pour la Via Crucis, le chemin de croix médité sur les 14 œuvres de miséricorde, corporelles et spirituelles. « Face au mal, à la souffrance, au péché, l’unique réponse possible pour le disciple de Jésus est le don de soi, y compris de la vie, à l’imitation du Christ ; c’est l’attitude du service », a lancé le pape aux fidèles.

Une Eglise « en sortie » permanente

Le 30 juillet, le souverain pontife a visité le sanctuaire de la Miséricorde Divine de Cracovie et confessé cinq jeunes gens, avant de célébrer la messe au sanctuaire Jean-Paul II. S’adressant aux prêtres, religieux, religieuses et séminaristes polonais, François a déclaré qu’en nous disant : « ‘De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie’ (Jn 20, 21), Jésus désire, dès le début, que l’Eglise soit en sortie ». Autrement dit, Jésus veut que les apôtres « sortent pour répandre le pardon et la paix de Dieu, par la force de l’Esprit Saint ». Et de préciser que « la vie de ses disciples les plus intimes, que nous sommes appelés à être, est faite d’amour concret, c’est-à-dire de service et de disponibilité » auprès de ceux « qui sont dans le besoin », « du malade comme du migrant », « des fidèles qui nous sont confiés », avec l’aide de la Sainte Vierge.

Au sujet de l’Eglise « en sortie », le pape s’était adressé, le 17 juin, aux participants de la dernière assemblée plénière du Conseil pontifical pour les laïcs, qui laissera la place au nouveau dicastère « pour les laïcs, la famille et la vie », le 1er septembre prochain (cf. DICI n°337 du 17/06/16). C’est surtout, précisait Radio Vatican, sur un mot qu’insiste François : sortir. L’Eglise, aujourd’hui, doit être en sortie permanente, en tant que communauté évangélisatrice, invoquant en « horizon de référence » la devise : « Eglise en sortie – laïcat en sortie ». « Elevez le regard, avait exhorté le souverain pontife, et regardez ‘dehors’ vers les nombreux ‘lointains’ de notre monde, les nombreuses familles en difficulté (…), tous les domaines d’apostolat encore inexplorés ». « Nous avons besoin de laïcs bien formés, animés d’une foi sincère et limpide », avait-il ajouté, avant d’improviser : « Nous avons besoin de laïcs qui prennent des risques, qui se salissent les mains, qui n’aient pas peur de se tromper, qui aillent de l’avant. »

A la veille de la clôture des JMJ, François a présidé en début de soirée une grande veillée, à 12 km de Cracovie, dans les champs rebaptisés pour la rencontre ‘Campus Misericordiæ’. Après le témoignage de la conversion d’une Polonaise, ancienne journaliste de mode, des souffrances d’une Syrienne d’Alep et d’un Paraguayen passé par la prison, le pape a invité les jeunes à faire en sorte que la souffrance des autres ne reste pas « anonyme ». « Pour suivre Jésus, a-t-il poursuivi, il faut se décider à changer le divan contre une paire de chaussures qui t’aideront à marcher », pour connaître la « joie qui naît de l’amour de Dieu ». Et de souhaiter que les jeunes chaussent « des crampons ».

Au terme de son intervention, demandant aux jeunes de construire des ponts plutôt que des murs, le pape les a invités à tous se tenir par la main, après avoir soutenu que la « multi-culturalité » ne pouvait être « une menace », mais devait être « une opportunité ».

Le dimanche 31 juillet, le pape François a célébré la messe de clôture au Campus Misericordiæ. « N’ayez pas peur », a-t-il lancé en reprenant l’expression de Jean-Paul II, « ne vous découragez pas : avec votre sourire et avec vos bras ouverts, prêchez l’espérance et soyez une bénédiction pour l’unique famille humaine qu’ici vous représentez si bien ». Au milieu de tous leurs contacts ou leurs chats sur Internet, le pape a demandé aux jeunes de mettre à « la première place le fil d’or de la prière ».

Au retour de Pologne, dans l’avion qui le ramenait à Rome, le pape François a répondu aux questions des journalistes et expliqué sa vision des attentats perpétrés au nom de l’islam. Sur le fait qu’il ne parlait jamais d’islamistes ou de musulmans pour commenter ces attentats pourtant commis au nom de l’islam, mais seulement de « terroristes », François a affirmé de façon décousue : « Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique. Non, les musulmans ne sont pas tous violents, les catholiques ne sont pas tous violents. C’est comme dans la macédoine, il y a de tout… Il y a des violents de cette religion… ».

Au sujet du fondamentalisme, le pape a ajouté sur le même ton d’improvisation : « Quand le fondamentalisme arrive à tuer… mais on peut tuer avec la langue comme le dit l’apôtre Jacques, ce n’est pas moi qui le dit. On peut aussi tuer avec le couteau, non ? ». En conclusion, il a déclaré : « Je crois qu’il n’est pas juste d’identifier l’islam avec la violence, ce n’est pas juste et ce n’est pas vrai. J’ai eu un long dialogue avec le grand iman de l’université Al-Azhar et je sais ce qu’ils pensent. Ils cherchent la paix, la rencontre. »

(Sources : apic/imedia/vatican/the tablet/jeannesmits/lefigaro – DICI n°339 du 05/08/16)

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Etat de l’Eglise catholique en Pologne

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