Le Synode des évêques africains

29-10-2009  
Classé sous Actualités, Année 2009, Rome

synodegrandeDu 4 au 25 octobre, 244 pères synodaux, dont près de 200 évêques des 53 pays du continent africain, se sont réunis au Vatican pour étudier la mission de l´Eglise en Afrique « au service de la réconciliation, de la justice et de la paix ». Le premier Synode sur l´Afrique avait eu lieu du 10 avril au 8 mai 1994.

Lors de la messe solennelle d’ouverture, Benoît XVI a déclaré au sermon : « L´Afrique représente un immense ‘poumon’ spirituel, pour une humanité qui semble en crise de la foi et de l´espérance », ajoutant : « ce ‘poumon’ peut aussi tomber malade ». En particulier, « à l´heure actuelle, au moins deux dangereuses pathologies » sont en train d´attaquer l´Afrique. « Avant tout, a souligné le pape, une maladie déjà répandue dans le monde occidental, à savoir le matérialisme pratique, associé à la pensée relativiste et nihiliste ». Le souverain pontife a alors mis directement en cause la responsabilité de l´Occident dans la diffusion de cette « maladie ». « Il est indiscutable que le soi-disant ‘premier’ monde a parfois exporté et continue d´exporter des déchets toxiques spirituels qui contaminent les populations des autres continents, parmi lesquelles justement les populations africaines », a-t-il dénoncé.

Le pape a signalé « un second ‘virus’ qui pourrait également toucher l´Afrique, à savoir le fondamentalisme religieux, lié à des intérêts politiques et économiques ». En effet, a-t-il noté, « des groupes qui s´inspirent des différentes appartenances religieuses sont en train de se répandre sur le continent africain ». « Ils le font au nom de Dieu, a poursuivi le pape, mais selon une logique opposée à la logique divine, c´est-à-dire en enseignant et en pratiquant non pas l´amour et le respect de la liberté, mais l´intolérance et la violence ». Benoît XVI a alors appelé à « une nouvelle évangélisation qui tienne compte des mutations sociales rapides de notre époque et du phénomène de la mondialisation ».

La messe était concélébrée par les trois présidents délégués du Synode – le cardinal nigérian Francis Arinze, ancien préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, le cardinal sud-africain Wilfrid Fox Napier et le cardinal sénégalais Théodore-Adrien Sarr – ainsi que par Mgr Nikola Eterovic, secrétaire général du Synode des évêques, et Mgr Peter Kodwo Appiah Turkson, rapporteur.

Cette célébration mêlait le latin aux langues africaines. Ainsi, lors du rite de l´aspersion, un chœur a entonné un chant en Lingala, au son des guitares, des flûtes, des percussions, et des orgues électriques. Les danses chaloupées mais discrètes des choristes africains n’ont pas échappé aux observateurs dans la basilique. Les prières universelles ont également été lues en diverses langues parlées en Afrique : swahili, portugais, amharique, hausa, lingala, arabe. Le chant d´offertoire était en kikongo et l´Agnus Dei fut chanté en swahili.

Le discours d’ouverture du pape et le rapport introductif du cardinal Turkson

Le lendemain, 5 octobre, dans la salle du Synode, le pape a évoqué le travail à venir des évêques africains et a expliqué que chaque travail d´analyse nécessitait une « correcte » relation avec Dieu. Ainsi, a-t-il rappelé, « les analyses horizontales, réalisées avec beaucoup d´exactitude et de compétence, sont insuffisantes, elles n´indiquent pas les véritables problèmes du monde si nous ne mettons pas tout sous la lumière de Dieu ». « Les choses du monde vont mal, a-t-il souligné, car la relation avec Dieu n´est pas correcte ». « Toutes nos analyses du monde sont insuffisantes, a poursuivi le pape, si nous ne considérons pas le monde à la lumière de Dieu, si nous ne découvrons pas qu´à la base des injustices et de la corruption il y a un cœur qui n´est pas droit, une fermeture à Dieu et, ainsi, une falsification de la relation fondamentale sur laquelle sont basées toutes les autres ».

« Toutes les réalités humaines, a encore expliqué Benoît XVI, dépendent de notre relation avec Dieu et, si celle-ci n´est pas correcte, elle ne parvient pas au point voulu par Dieu, elle n´entre pas dans la vérité (…) et naissent alors tous les vices qui détruisent le réseau social, la paix dans le monde ». « C´est seulement en vivant sous la lumière de Dieu (…) que nous allons vers la lumière de la vérité », a insisté le pape ajoutant « seule la vérité sauve ».

Ensuite, s´appuyant sur l´Instrumentum laboris – le document de travail préparatoire du Synode remis aux évêques africains par Benoît XVI, le 19 mars dernier, à Yaoundé (Cameroun) -, le cardinal Turkson a proposé aux pères synodaux un large panorama de la situation de l´Afrique et de l´Eglise sur ce continent. Le prélat ghanéen a indiqué quelques éléments nouveaux dans le paysage ecclésial en Afrique comme « la suprématie des membres africains des congrégations missionnaires au niveau des postes à responsabilité » ou « la croissance visible des structures et des institutions ecclésiales ». En revanche, il a regretté « la perte » de fidèles catholiques « qui migrent en direction des nouveaux mouvements religieux et des sectes ». « La jeunesse catholique quitte l´Afrique, a noté l´archevêque ghanéen, et y revient non catholique parce qu´elle se sent moins chez elle au sein des communautés catholiques qui se trouvent sur ces continents ».

Le prélat n´a pas manqué de dénoncer aussi les problèmes sociaux et politiques du continent : « le despotisme, la dictature, la politisation de la religion et de l´ethnie, le mépris pour les droits des citoyens, le manque de transparence et de liberté de la presse ». Mais il a tenu à souligner par ailleurs qu´il y avait « moins de guerre en Afrique qu´en Asie ».

Au cours de sa longue intervention, le cardinal Turkson a énuméré les « nouveaux défis » posés à l´Eglise, à commencer par les « pressions étranges et terribles » sur le mariage et la famille « afin de redéfinir leurs natures et leurs fonctions au sein de la société moderne ». Les mariages traditionnels sont mis en « danger » par l´homosexualité, a-t-il expliqué en évoquant la « proportion croissante d´unions et de relations alternatives, dépourvues du concept d´engagement définitif, à caractère non hétérosexuel et n´ayant pas vocation à la procréation ».
L´archevêque ghanéen a particulièrement déploré l´existence de « partisans » du mariage homosexuel « à l´intérieur de l´Eglise dans certaines parties du continent ». « Cet assaut mené contre le mariage et la famille, a-t-il encore regretté, est promu et soutenu par des groupes qui produisent rapidement un lexique destiné à remplacer les concepts traditionnels et les termes relatifs au mariage et à la famille par de nouveaux ».

Dans l´après-midi du 7 octobre, le cardinal Francis Arinze a énuméré un certain nombre de problèmes qui mettent en péril la « crédibilité » des « structures » de l´Eglise sur le continent africain. Le cardinal nigérian a souhaité que le collège des évêques d´un pays ou d´une région « parle d´une seule voix sans être influencé par des considérations d´ordre tribal », ou encore que les prêtres « acceptent de tout coeur un nouvel évêque nommé par le pape sans organiser de factions avec une mentalité myope ». Il a alors salué le choix de l´Eglise de nommer parfois des évêques hors de leur zone linguistique en y voyant « un puissant message pour certaines communautés africaines blessées par le virus politique et social d´un « ethnicisme » extrême ».

Vive critique des médias au cours du voyage du pape en Afrique (17-23 mars 2009)

Le 8 octobre,synode-africain Mgr Philippe Ouédraogo, archevêque de Ouagadougou, au Burkina Faso, est revenu sur le voyage de Benoît XVI en Afrique, en mars dernier, pour critiquer fortement l´attitude des médias. Le prélat a particulièrement cité l´exemple « pathétique » du « tapage médiatique » : « De plus en plus, certaines radios et télévisions, des sites Internet, tous régis par le pouvoir et les intérêts économiques, diffusent délibérément des programmes qui cherchent visiblement à imposer la pensée unique de l´Occident », a-t-il déclaré dans son discours prononcé en français.

Devant les pères synodaux, le prélat burkinabé s´en est pris aux médias qui ont relaté le voyage apostolique de Benoît XVI au Cameroun et en Angola, du 17 au 23 mars 2009 : « Des programmes adressés aux auditeurs francophones tant européens qu´africains visaient, a-t-il assuré, à faire croire que des prêtres, des religieux et religieuses africains étudiants ou en mission à Rome et ailleurs en Europe, vivaient de la mendicité et de la prostitution, abandonnés par le Vatican et les congrégations religieuses ». « Avait-on besoin de cela pour montrer son désaccord avec le pape ? », a-t-il lancé, s´adressant à la « coalition » qui « cherchait manifestement à atteindre un objectif clair mais inavouable, en distrayant les Africains pour les empêcher ainsi d´écouter les paroles du pape sur les questions d´injustice, de violence ».

La critique contre la presse ne s´est pas arrêtée là. Un autre père synodal, le père irlandais Kieran O´Reilly, supérieur général des missions africaines, est lui aussi revenu sur le rôle des médias généralistes, « qui se concentrent exclusivement sur les mauvaises nouvelles ». Ces médias font de l´Afrique « un continent en état de crise constante », pour satisfaire le plus grand nombre, a-t-il dénoncé.

Interventions sur l’émigration africaine, sur le rôle de la femme

Le 10 octobre, le cardinal sénégalais Théodore-Adrien Sarr, président du Symposium des Conférences épiscopales d´Afrique et de Madagascar, a lancé un appel à la « renaissance de l´Homme noir ». « Ce ne sont pas les barrières policières, si étanches soit-elles, qui arrêteront la migration clandestine », a-t-il déclaré. La résolution de ce « drame » passe en effet, selon lui, par « la réduction effective de la pauvreté, par la promotion du développement économique et social s´étendant aux masses populaires de nos pays ». « Voilà pourquoi (…) nous nourrissons l´ambition de susciter (…) chez les Africains sub-sahariens un sursaut ou une renaissance de l´Homme noir », a-t-il alors expliqué, en disant sa lassitude de voir les médias occidentaux entretenir « l´image négative de l´Afrique » dans des articles sur la migration clandestine de milliers d´Africains.

L´archevêque de Dakar a voulu identifier les causes d´émigration, déjà dénoncées les jours précédents par de nombreux pères synodaux. Il a cité en particulier « la corruption des dirigeants africains, qui accordent (…) des avantages et des profits démesurés aux multinationales, au détriment de leurs pays », les « conflits armés internes, fomentés ou alimentés par les marchands d´armes pour leur commerce », mais aussi « le pillage tant de fois décrié des ressources naturelles de l´Afrique ».

En conclusion, le cardinal Sarr a d´abord souhaité que les gouvernants du continent noir « prennent en main le destin de leurs peuples, fut-ce en oubliant leurs intérêts personnels et en résistant aux pressions extérieures ». Puis, plus largement, il a appelé « toutes les forces extérieures qui ont pesé et pèsent négativement sur le destin de l´Afrique noire » à reconnaître « les maux causés à l´Afrique » et à s´engager à « réparer et lui faire justice ».

Le même jour, 10 octobre, Mgr Philip Sulumeti, évêque kenyan de Kakamega, et Mgr Telesphore George Mpundu, archevêque zambien de Lusaka, sont intervenus pour souligner le rôle primordial de la femme et pour appeler au respect de sa dignité. « Si l´on éduque un homme, on éduque une personne, si l´on éduque une femme, on éduque une famille », a ainsi affirmé Mgr Sulumeti. Et « si l´on éduque des femmes, a-t-il ajouté, on éduque une nation ». L´évêque kenyan a alors demandé que les femmes disposent d´une « formation de qualité » pour être « plus autonomes dans leurs responsabilités » et d´un accès à « toutes les carrières sociales auxquelles la société traditionnelle et moderne tend à les exclure sans raison ». « Pour que cela devienne une réalité, a-t-il insisté, les hommes sont appelés à effectuer un changement radical et une conversion fondamentale ». Aux yeux du prélat, « l´instruction des femmes a des effets durables sur le bien-être de l´unité familiale sur laquelle est fondée l´Eglise ». En outre, a-t-il renchéri, « les femmes sont capables de faire tout correctement si elles ont l´opportunité d´essayer ».

Mgr Telesphore George Mpundu a estimé, pour sa part, que « la négation de l´égalité envers les femmes (était) un affront à la dignité humaine et une négation du vrai développement de l´humanité ». « Sans une vraie justice entre les hommes et les femmes, le développement demeure seulement une chimère, un dangereux mirage », a-t-il insisté, avant d´avancer qu´ « une pleine et égale participation des femmes dans toutes les sphères de la vie est donc essentielle au développement économique et social ».

Le rapport intermédiaire du cardinal Turkson

Le 13 octobre, au milieu du Synode pour l´Afrique, son rapporteur général, le cardinal Turkson a estimé que l´Eglise en Afrique devait être « transformée de l´intérieur » et qu´elle entendait aussi « transformer le continent ». Au fil de ce long rapport, en anglais, le cardinal ghanéen est revenu sur les « ombres » et les « défis » de l´Eglise en Afrique abordés par les différents intervenants, au cours des 13 sessions précédentes. Il a plus particulièrement souligné la dénonciation par certains pères synodaux des « idéologies » et des « programmes internationaux » qui sont « imposés » au continent, mais aussi sur la nécessité de « former les hommes politiques chrétiens » pour obtenir des « textes législatifs respectueux de la morale chrétienne ». Il a abordé la question de la femme africaine qui demeure « frustrée dans son épanouissement » ou « bafouée dans sa dignité », le problème du « grand attrait » des sectes et leurs « pratiques occultes », ou encore « la convoitise des multinationales » qui est à l´origine de nombreux conflits armés en Afrique.

En conclusion, le cardinal Turkson a résumé la « mission apostolique » de l´Eglise en Afrique qui souhaite principalement « libérer les populations du continent de toutes sortes de peur », « assurer une conversion qui soit profonde », « plaider pour toutes les questions de société », « changer les attitudes et les mentalités », « libérer des séquelles du colonialisme, de l´exploitation ». Le rapporteur général du synode a également expliqué que l´Eglise en Afrique souhaitait être attentive aux questions de « migrations » et aider les populations du continent à « résister à l´assaut de la mondialisation », à faire face, également, « aux défis de la mondialisation de l´éthique ».

Quelques pères synodaux répondent aux journalistes

2144_181268_cns_10intUne dizaine de jours après le début des travaux du Synode, trois cardinaux sont intervenus devant la presse au Vatican. Ils ont particulièrement dénoncé les conditions souvent imposées avec l´aide apportée aux pays africains. « Il faut que certains peuples, les Occidentaux en particulier, se départissent de leur conviction que tout ce qu´ils pensent et que tout ce qu´ils font doit devenir la règle dans le monde entier », a déclaré le cardinal Théodore-Adrien Sarr devant un parterre de journalistes. Interpellé sur un rapport américain à peine publié concernant le nombre d´avortements à travers le monde, le cardinal sénégalais a expliqué que « si des femmes se trouvent en difficulté pour assumer une grossesse, il faut les aider à dépasser cette difficulté, mais pas nécessairement en passant par l´avortement ». Le prélat a alors invoqué en particulier « le respect de la vie » que les peuples africains ont « hérité de (leurs) ancêtres ». Plus largement, le cardinal Sarr a déploré l´existence d´une « espèce d´impérialisme culturel ». A ses yeux, les « peuples occidentaux » peuvent garder pour eux « ce qu´ils pensent être la vérité » et ne doivent pas « l´imposer ».

« Il n´y a pas de justice, de paix et de réconciliation sans vérité », a encore soutenu le cardinal en reprenant les trois thèmes du Synode, avant de souhaiter que les « intervenants extérieurs » sur le continent noir soient « vrais ». « Sous prétexte de nous aider, a-t-il précisé, on veut nous inoculer certaines idées ou certaines façons de vivre ». Et de poursuivre : « Nous reconnaissons que nous pouvons être aidés, nous souhaitons être aidés, mais dans la vérité, dans le respect de ce que nous sommes et de ce que nous voulons pour nous-mêmes, et non pas être conditionnés, par dessous, sous prétexte d´être aidés ».

« Certaines idéologies occultes ou destructrices sont souvent considérées comme des conditions sine qua non pour recevoir de l´aide », a accusé à son tour le cardinal Wilfrid Fox Napier, archevêque de Durban, en Afrique du Sud. Il n´a pas hésité à dénoncer lui aussi « l´impérialisme culturel » de l´Occident. « Il existe des idéologies explicites, a-t-il encore précisé, et il en existe une autre, très menaçante, qui consiste à modifier petit à petit les valeurs morales qui sont les nôtres ».

« L´Afrique se trouve dans une situation difficile », a pour sa part reconnu le cardinal kenyan John Njue, et « il n´y a pas de doute que nous avons besoin de coopération et d´aide pour permettre aux populations de prendre en main leur vie, mais il faut aussi que leur indépendance soit respectée ». L´archevêque de Nairobi a alors invité l´Occident à respecter « la culture et la dignité humaine des personnes ». En prenant l´exemple du commerce du café, il a ainsi dénoncé « une véritable injustice » concernant le prix offert aux agriculteurs africains au regard du prix final du produit sur le marché occidental.

Dans un entretien accordé à l’agence romaine I.Media, le 15 octobre, le cardinal sud-africain Wilfrid Fox Napier a confié que l´implication de prêtres africains dans des affaires de corruption constituait « un problème très sérieux ». « A chaque fois qu´un acte de corruption a lieu, cela signifie que des personnes pauvres ont perdu des moyens pour sortir de leur pauvreté ». A l´heure actuelle, aux yeux du cardinal, « le pire aspect de la pauvreté » vient précisément du fait qu´elle n´est plus de la responsabilité des « colonialistes » mais de celle des Africains eux-mêmes. Il a également fait part des « efforts particuliers » accomplis dans certains diocèses pour former les prêtres « afin qu´ils soient plus ouverts et plus responsables », dans la mesure où « ce sont eux qui gèrent les ressources de l´Eglise et (…) se rendent disponibles pour servir les fidèles ».

Le cardinal Napier a par ailleurs appelé les médias occidentaux, qui « veulent imposer le politiquement correct à tous » et « veulent absolument faire dire à l´Eglise qu´elle est opposée à l´usage libre du préservatif », à « être honnêtes ». « Qu´ils nous montrent un exemple où la distribution de préservatifs a réduit véritablement le sida en Afrique subsaharienne, où cela a été fait avec succès, alors ils pourront continuer à nous poser des questions ». « Tous, a-t-il ajouté, même les gouvernements, ont commencé par dire que le moyen pour arrêter le sida était le préservatif, mais ils font maintenant machine arrière et disent que cela ne marche pas ». « Publiquement, l´Eglise considère que le seul moyen de gérer le sida est de changer de comportement », a enfin affirmé le prélat sud-africain.

Le message de clôture

Dans un message publié le 23 octobre, à l´approche de la clôture de leurs travaux, les participants au Synode des évêques pour l´Afrique ont dénoncé « les tentatives sournoises » des agences des Nations-Unies visant à « détruire et miner les précieuses valeurs africaines de la famille et de la vie humaine ». S´ils reconnaissent le « bon travail » des agences des Nations-Unies en Afrique, les évêques leur demandent aussi d´être « plus cohérentes et transparentes dans la mise en oeuvre de leurs programmes ». Ils déplorent en particulier le « pénible article 14 du Protocole de Maputo » sur la santé reproductive qui engage les Etats à autoriser l´avortement médicalisé dans certains cas. « Avec Benoît XVI », le Synode pour l´Afrique entend aussi avertir « solennellement que le problème du sida ne saurait être résolu par la distribution de prophylactiques ». « Nous en appelons, écrivent-ils, à la conscience de ceux qui sont vraiment intéressés par l´arrêt de la transmission du virus du sida par voie sexuelle pour qu´ils reconnaissent les succès déjà obtenus par les programmes qui proposent l´abstinence pour les couples non mariés et la fidélité pour ceux qui sont mariés ».

Les pères synodaux critiquent sévèrement les sociétés multinationales. « Les multinationales, écrivent-ils, doivent arrêter la dévastation criminelle de l´environnement dans l´exploitation vorace des ressources naturelles ». Pour les signataires de ce message, « fomenter des guerres pour obtenir des gains rapides à partir du chaos, au prix des vies humaines et du sang répandu, est une politique aveugle ». « N´y aurait-il personne qui soit capable et désireux d´arrêter ces crimes contre l´humanité ? », s´interrogent les évêques.

Dans ce message final les pères synodaux ont aussi demandé de reconnaître et de promouvoir la contribution spécifique des femmes, non seulement au foyer comme épouses et mères mais, aussi, dans la sphère sociale. Ils ont particulièrement souligné que les femmes catholiques étaient « la colonne vertébrale de (leur) Eglise locale ». « Partout en Afrique, ont-ils souligné, on parle beaucoup des droits des femmes, surtout dans les plans d´action de certaines agences des Nations-Unies ». « Mais, il faudrait encore se méfier des projets concrets qu´elles (ces agences, ndlr) conçoivent, souvent avec des intentions cachées », ont prévenu les évêques avant d´inviter les femmes catholiques à s´impliquer pleinement dans les programmes de leurs pays concernant les femmes, « avec toute la vigilance de (leur) foi ». « Assurez-vous, ont encore écrit les pères synodaux, de ne pas vous laisser prendre en otage par les promoteurs d´idéologies étrangères et moralement empoisonnées à propos du genre et de la sexualité humaine ».

Dans leur « message au peuple de Dieu », les évêques africains ont aussi estimé que les prêtres constituaient « la face la plus visible du clergé tant à l´intérieur qu´à l´extérieur de l´Eglise ». « Souvent, ont-ils poursuivi, le prêtre se présente comme l´homme le plus éclairé de la communauté locale et parfois on attendra de lui qu´il prenne en main les affaires de la communauté ». Les prélats africains ont alors souligné l´importance de la « fidélité aux engagements sacerdotaux, surtout le célibat dans la chasteté et le détachement des biens matériels », indiquant que cette fidélité représentait « un témoignage éloquent pour le peuple de Dieu ».

Les propositions finales du Synode

Une version officielle en latin des 57 propositions finales du Synode sera transmise à Benoît XVI. Mais le pape, dans une décision qualifiée de « bienveillante », a choisi de rendre publique une version provisoire, non officielle, des propositions en anglais, français, portugais et italien, à la veille de la conclusion solennelle de ce Synode. Ces 57 propositions devront permettre à Benoît XVI de rédiger, d´ici environ un an, une Exhortation apostolique post-synodale.

Les pères synodaux y affirment qu’en Afrique, où « la religion est constamment politisée » et devient cause de conflits, il est urgent d´instaurer un « dialogue religieux avec l´islam et la ‘religion traditionnelle africaine’ (animisme, ndlr) à tous les niveaux ». Ils demandent que la liberté religieuse et la liberté de culte soient reconnues et protégées et que toute forme d´intolérance, de persécution et de fondamentalisme religieux soit abolie dans tous les pays d´Afrique. Ils souhaitent aussi la restitution des églises, des propriétés de l´Eglise et des propriétés des autres institutions religieuses confisquées par certains Etats.

Le thème des élections « libres, transparentes, équitables et rassurantes » est aussi au nombre des propositions de ce synode. Les évêques encouragent tous les chrétiens d´Afrique à jouer un rôle actif dans la vie politique. De son côté, l´Eglise doit dénoncer les abus électoraux et les fraudes, « au nom de sa mission prophétique ». Les chefs religieux sont quant à eux invités à ne pas prendre une position partisane, mais à être « la voix critique, objective et réaliste des sans-voix, sans transiger sur leur impartialité ».

Egalement les pères synodaux condamnent tous les actes de violence contre les femmes, – un thème qui est revenu tout au long des trois semaines. Les évêques énumèrent alors une liste impressionnante des violences pratiquées en Afrique, telles que les brutalités contre les femmes, l´oppression des veuves au nom de la tradition, les mariages forcés, les mutilations d´organes génitaux, la traite des femmes, l´esclavage sexuel et le tourisme sexuel. Pour lutter contre tous ces « actes d´inhumanité », le Synode propose entre autres mesures la mise en place d´une Commission d´étude sur les femmes dans l´Eglise au sein du Conseil pontifical pour la famille, mais aussi la création d´abris pour les filles et femmes maltraitées.

De même, la question des migrants fait partie des propositions des évêques africains qui s´élèvent contre les lois qui jugent « criminelles toutes les entrées clandestines dans les pays étrangers et les consulats ». Ils s´en prennent aussi aux « politiques frontalières discriminantes à l´égard des voyageurs en provenance d´Afrique dans les aéroports ».

A propos du sida, les évêques se déclarent en faveur d’« un soutien pastoral » pour aider les couples dont l´un des conjoints est porteur du virus « à s´informer et à former leurs consciences, afin qu´ils choisissent ce qui est juste, en toute responsabilité ».

Sur la peine de mort, reprenant un appel lancé le 12 octobre par Mgr George Biguzzi, évêque de Makeni, au Sierra Leone, le synode demande en fin de document l´abolition « totale et universelle » de la peine de mort. Aux yeux des prélats africains, la dignité de la personne exige que ses droits fondamentaux soient respectés, quand bien même elle ne respecterait pas les droits des autres. Les pères synodaux dénoncent particulièrement le recours à la peine capitale « pour éliminer les opposants politiques » et envers les plus faibles, « qui ne peuvent pas se défendre » et « sont plus facilement soumis à cette punition définitive et sans appel ».
Commentaire : Il est à remarquer que si les interventions au cours du Synode ont été souvent l’expression d’un sens chrétien malheureusement perdu en Occident – notamment sur la famille -, les propositions finales, elles, ne se départissent pas de l’irénisme utopique qui caractérise la période post-conciliaire. C’est ainsi qu’on veut instaurer le dialogue interreligieux avec l’islam et l’animisme tout en réclamant l’abolition pure et simple de l’intolérance, de la persécution et du fondamentalisme religieux, « dans tous les pays d’Afrique ». On croirait lire une des innombrables et inefficaces propositions des Nations-Unies.

Messe de clôture du Synode pour l´Afrique

Synode-Evq-AfriqueLe 25 octobre, au cours de l’homélie prononcée à la messe de clôture, Benoît XVI a lancé un appel à renouveler le modèle de développement mondial, qui soit capable « d´intégrer tous les peuples et pas seulement ceux qui sont en mesure d´y prendre part ». Aux yeux du pape, cette nécessité a été mise en évidence par cette Assemblée spéciale pour l´Afrique du Synode des évêques, mais aussi par son encyclique Caritas in veritate. « Ce que la doctrine sociale de l´Eglise a toujours soutenu à partir de sa vision de l´homme et de la société, la mondialisation le réclame à son tour aujourd´hui », a-t-il expliqué de façon optimiste, car, à ses yeux, la mondialisation ne doit pas être interprétée comme si sa dynamique était produite par des forces anonymes impersonnelles et indépendantes de la volonté humaine. Au contraire, a-t-il affirmé, elle est « une réalité humaine et en tant que telle, elle peut être modifiée selon une configuration culturelle ou une autre ». – A propos de l’encyclique Caritas in veritate et la question du gouvernement mondial, voir DICI n°199 du 25 juillet 2009, pp. 2-5.

Au terme de ces trois semaines de travail, le souverain pontife a appelé avec insistance à la réconciliation en Afrique, condition indispensable pour instaurer la justice et la paix avec « toutes les personnes de bonne volonté au-delà des appartenances religieuses, ethniques, linguistiques, culturelles et sociales ». Le pape s´est alors adressé directement à l´Eglise en Afrique, avec des mots d’encouragement : « Dans cette mission de grande importance, toi, Eglise pèlerine dans l´Afrique du troisième millénaire, tu n´es pas seule, (…) toute l´Eglise catholique t´est proche par la prière et la solidarité active ».

Benoît XVI a enfin salué le travail effectué par les missionnaires en Afrique, qui travaillent au développement respectueux des cultures locales et de l´environnement. La logique qu´ils ont suivie depuis plus de 40 ans semble être « la seule en mesure de faire sortir les peuples africains de l´esclavage de la faim et des maladies », a assuré le pape.

Comme lors de la messe d´ouverture, le maître des célébrations liturgiques pontificales, Mgr Guido Marini, était assisté par le Père congolais Jean-Pierre Kwambamba Masi, premier cérémoniaire pontifical africain, que Benoît XVI a nommé le 2 septembre. L´« animation de la liturgie » avait été confiée à une soixantaine de membres de la communauté nigériane de Rome et au chœur du Collège éthiopien. Les chants étaient parfois accompagnés d´instruments à percussion rudimentaires, comme des bidons de métal et des cruches en terre cuite. Enfin, comme il y a trois semaines, les intentions de prière ont été prononcées en plusieurs langues d´Afrique : français, kikongo, malagasy, swahili et igbo.

La veille, 24 octobre, Benoît XVI avait nommé le cardinal ghanéen Peter Kodwo Appiah Turkson, archevêque de Cape Coast, au poste de président du Conseil pontifical Justice et Paix. Il remplace ainsi le cardinal Renato Raffaele Martino, démissionnaire pour raison d´âge. Le pape a annoncé lui-même la nouvelle au terme du déjeuner de clôture du second Synode pour l´Afrique, en présence de l´ensemble des pères synodaux réunis au Vatican, qui ont alors largement applaudi le nouveau chef de dicastère. Ce choix de Benoît XVI vient confirmer les prévisions du secrétaire d´Etat du Saint-Siège, le cardinal Tarcisio Bertone, qui avait annoncé en août dernier dans L´Osservatore Romano des surprises parmi les futures nominations, ajoutant : « l´Afrique a déjà offert et offrira d´excellents candidats ».
(DICI n°204 – 31/10/09 – Sources : Osservatore Romano/Apic/Imedia/Zenit/VIS/Radio Vatican)

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