Les évêques de France à Rome

28-09-2012  
Classé sous Actualités, Rome

La visite ad limina des évêques de France se déroulera entre le 20 septembre et le 3 décembre 2012. L’épiscopat français se rendra ainsi aux tombeaux des apôtres saint Pierre et saint Paul, en trois groupes : actuellement sont reçus à Rome, du 20 au 29 septembre – les évêques des provinces de Rouen, Rennes, Poitiers, Tours et Bordeaux, conduits par le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux ; puis ceux des provinces de Lille, Reims, Paris, Besançon et Dijon – avec les diocèses de Strasbourg et Metz, le diocèse aux armées et les Ordinariats des catholiques des Eglises orientales résidant en France -, seront reçus du 12 au 22 novembre, conduits par le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris. Enfin les évêques des province de Clermont, Lyon, Marseille, Montpellier, Toulouse seront reçus du 23 novembre au 3 décembre, conduits par le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon.

La visite ad limina (apostolorum, « au seuil des basiliques des apôtres ») désigne la visite que chaque évêque doit faire au Saint-Siège tous les cinq ans. La précédente visite ad limina des évêques français s´était déroulée du 24 novembre 2003 au 28 février 2004, il y a plus de huit ans. Ce retard s´explique par le décès de Jean-Paul II, en 2005, et la visite de Benoît XVI en France, en 2008.

Comme le précise le site internet de la Conférence épiscopale de France : « Pour préparer leurs visites, les évêques rédigent un rapport concernant leur diocèse, sur la base d´un questionnaire fourni par Rome. Ces rapports, qui font plusieurs centaines de pages sont transmis au Saint-Siège plusieurs mois avant les visites et leurs contenus sont répartis dans les différents dicastères de la Curie, en fonction des thématiques abordées ».

Au sein de la Congrégation pour les évêques, c’est le Bureau de la coordination des visites ad limina qui organise les visites des différents dicastères où les évêques se rendent ensemble, – l´un d´entre eux est désigné pour prendre la parole au nom du groupe. Le Bureau prend aussi en charge toutes les questions concernant la préparation des visites officielles, le calendrier, et le programme des célébrations dans les quatre basiliques majeures.

Le cardinal Barbarin a déclaré à l’agence I.Media que les évêques avaient effectué pour cette visite ad limina un gros travail de synthèse. Ils attendent que la rencontre avec le pape les aide « à trouver l´harmonie entre la nature institutionnelle de l´Eglise, dont nous ne devons pas rester prisonniers, et tout ce qui nous tire vers l´avant ». Et il a précisé qu’il s´agissait aussi de trouver l´équilibre entre la liberté des initiatives et le discernement, car : « tout ce qui est nouveau n´est pas bon ».

Un contexte politique tendu

Cette visite intervient dans un contexte politique particulièrement tendu en France. Elu au mois de mai dernier, le président socialiste François Hollande a manifesté son intention de légaliser l´euthanasie et le « mariage » entre personnes de même sexe. Les évêques n´ont pas manqué de réagir sur ces deux sujets, suscitant un débat dans les médias. Pour la fête de l´Assomption, le 15 août dernier, le président de la Conférence des évêques de France, le cardinal André Vingt-Trois, avait invité toutes les paroisses à réciter une prière demandant notamment que tous les enfants puissent bénéficier d´un père et d´une mère. Cette initiative a été à l´origine d´une polémique, certains y voyant une ingérence de l´Eglise, d´autres au contraire lui reconnaissant le droit de s´exprimer sur une question dont les enjeux sont importants pour la société. (voir DICI n°260 du 14/09/12)

Le 20 septembre, au cours de la messe célébrée à Saint-Pierre de Rome, au début de la visite des évêques de l’Ouest de la France, le cardinal Jean-Pierre Ricard a affirmé : « Nous sentons fortement aujourd´hui la nécessité d´une nouvelle évangélisation, l´urgence à risquer une première annonce, à ouvrir des chemins nouveaux à l´Evangile », en ajoutant que l´exemple du martyre de saint Pierre rappelle aux évêques qu´ils sont « invités à donner leur vie, à affronter comme Jésus, les mains nues, les forces du mal présentes dans le monde ». « L´évangélisation n´est pas qu´une joyeuse campagne de communication », a précisé le cardinal, soulignant qu´elle était aussi « un combat spirituel, un temps d´épreuve où l´on peut prendre des coups ». Et d´ajouter qu´il y avait « bien des façons de vivre le martyre, le martyre du sang, le martyre médiatique, le martyre devant l´opinion publique, le martyre du service de la communion dans une Eglise traversée par des tensions redoutables ».

Le lendemain, 21 septembre, à Castel Gandolfo, devant les 32 évêques de l’Ouest de la France, Benoît XVI a rappelé « les racines chrétiennes de la France » et sa « longue tradition spirituelle et missionnaire », puis il a évoqué « la surcharge de travail qui pèse sur les prêtres » et a invité les évêques à « prier et faire prier » pour les vocations. Il a déclaré que les « regroupements paroissiaux » en cours en France ne devaient pas faire oublier que « la solution des problèmes pastoraux diocésains qui se présentent ne saurait se limiter à des questions d´organisation, pour importantes qu´elles soient ». « Le risque existe, a-t-il soutenu, de mettre l´accent sur la recherche de l´efficacité avec une sorte de bureaucratisation de la pastorale, en se focalisant sur les structures, sur l´organisation et les programmes, qui peuvent devenir ‘autoréférentiels´, à usage exclusif des membres de ces structures ». Le risque, a poursuivi le pape, est de n´avoir que « peu d´impact sur la vie des chrétiens éloignés de la pratique régulière ». En revanche, il a invité à « se concentrer sur le témoignage à donner afin d´aider nos contemporains à reconnaître et à redécouvrir les signes de la présence de Dieu », saluant ainsi les « temps d´adoration » proposés aux fidèles.

Benoît XVI a insisté sur la nécessité de « toujours » confirmer « la fonction du prêtre » dans un pays où les laïcs sont particulièrement engagés dans la pastorale. S´il a salué « la générosité des laïcs », il a tenu à rappeler qu´ils avaient une « tâche spécifique » et qu´il convenait de « veiller au respect de la différence entre le sacerdoce commun de tous les fidèles et le sacerdoce ministériel de ceux qui ont été ordonnés au service de la communauté ». Cette différence, a précisé le pape, « n´est pas seulement de degré, mais de nature ».

La famille menacée

Le souverain pontife n´a pas manqué de faire une allusion aux débats en cours dans la société française, et en particulier à la question de légalisation du « mariage » homosexuel et de l´euthanasie, évoquant les dangers qui pèsent sur la vie et la famille. La famille, a-t-il ainsi constaté, « est menacée en bien des endroits, par suite d´une conception de la nature humaine qui s´avère défectueuse ». Le pape a alors assuré que « défendre la vie et la famille dans la société n´était en rien rétrograde, mais plutôt prophétique car cela revient à promouvoir des valeurs qui permettent le plein épanouissement de la personne humaine, créée à l´image et à la ressemblance de Dieu ». « Nous avons là un véritable défi à relever », a lancé le souverain pontife, avant de rappeler que le mariage et la famille sont des institutions qui doivent être « promues et garanties de toute équivoque possible quant à leur vérité, parce que tout dommage qui leur est causé constitue de fait une blessure pour la vie commune ».

Avant le discours du pape, le cardinal Jean-Pierre Ricard avait affirmé que les évêques français étaient témoins d´un « affaiblissement du tissu ecclésial » et d´une « perte de la culture chrétienne », mais qu´ils constataient en même temps la présence d´une génération « prête à relever le défi de la nouvelle évangélisation ». Il a évoqué le discernement nécessaire à opérer afin de « voir dans les grands courants d´opinion qui marquent notre environnement ceux qui servent l´homme et ceux qui lui sont nocifs ». Le prélat a alors indiqué que les évêques auraient ainsi, « dans les semaines qui viennent, à rappeler le sens, qui nous paraît véritablement fondateur pour notre vie sociale, du mariage, de la famille et de la filiation ».  (Sources : CEF/apic/imedia – DICI n°261 du 28/09/12)

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