Les Légionnaires du Christ sous la tutelle de Rome

7-05-2010  
Classé sous Actualités, Rome

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Le P. Maciel recevant la bénédiction de Jean-Paul II.

Le 1er mai, le Saint-Siège a fait connaître les mesures prises par Benoît XVI au sujet de la congrégation des Légionnaires du Christ, gravement affectée par les révélations faites sur la double vie de leur fondateur, le P. Marcial Maciel Degollado (1920-2008). A la demande de Rome, une enquête a été effectuée auprès des membres de la communauté, de juillet 2009 à mars 2010, par cinq évêques, le Mexicain Ricardo Watty Urquidi, l´Américain Charles J. Chaput, l´Italien Giuseppe Versaldi, le Chilien Ricardo Ezzati Andrello et l´Espagnol Ricardo Blázquez.

Cette enquête a permis de « vérifier que la conduite du P. Maciel avait entraîné des conséquences graves dans la vie et dans la structure de la Légion au point de réclamer un chemin de révision profonde ». Parce qu´il entend « accompagner » et « aider » les Légionnaires du Christ « dans le chemin de purification qui les attend », Benoît XVI a décidé de nommer un « délégué » ainsi qu´une « commission d´étude des Constitutions » de cette congrégation qui compte quelque 800 prêtres et 2500 séminaristes, dans 22 pays. Le nom du délégué pontifical, probablement extérieur à la communauté des Légionnaires, pourrait être annoncé dans « quelques semaines », a précisé le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, le P. Federico Lombardi. Le vaticaniste Sandro Magister croit savoir que le nom du cardinal mexicain Juan Sandoval Íñiguez, archevêque de Guadalajara, aurait été évoqué. Outre la nomination de ce délégué pontifical qui aura toute autorité sur la congrégation, le pape enverra « un visiteur » auprès du mouvement Regnum Christi, à la demande de cette branche laïque des Légionnaires du Christ.

Le communiqué du Saint-Siège dénonce les actes et le système mis en place par le fondateur des Légionnaires : « Les comportements très graves et objectivement immoraux du P. Maciel, confirmés par des témoignages irréfutables, se dessinent, parfois, en véritables délits et manifestent une vie dépourvue de scrupules et de sentiment religieux authentique. Une grande partie des Légionnaires ignorait une telle vie, surtout en raison du système de relations construit par le P. Maciel qui avait habilement su se créer des alibis, obtenir la confiance, la confidence et le silence de ceux qui l´environnaient, et renforcer son rôle de fondateur charismatique. Souvent, le discrédit lamentable et l´éloignement de ceux qui doutaient de son comportement droit, ainsi que la conviction erronée de ne pas vouloir nuire au bien que la Légion accomplissait, avaient créé autour de lui un mécanisme de défense qui l´a rendu inattaquable pendant longtemps, rendant par conséquent la connaissance de sa vraie vie très difficile ». A ce propos, les enquêteurs ont relevé que, pour beaucoup de Légionnaires, la découverte tardive des actes du P. Maciel avait provoqué « surprise, déconcertement et douleur profonde ».

De fait, dès les années 1940-1950, le fondateur des Légionnaires avait été accusé d´abus sexuels sur des séminaristes et des novices mineurs, mais aussi de consommation de drogue. Benoît XVI lui avait demandé de renoncer à tout ministère public en mai 2006 ; il est décédé en janvier 2008. Début 2009, sa mémoire avait été entachée par la révélation de l´existence d´une fille cachée, puis successivement de plusieurs autres enfants. Devant la presse, ce 1er mai, le P. Lombardi a confié : « Le pape prend cette affaire très au sérieux ». La décision de Benoît XVI, alors que l´Eglise est dans la tourmente du scandale des prêtres pédophiles, confirme que le pape entend faire toute la lumière sur cette affaire. Et ce d’autant plus qu’elle risque fort d’avoir des conséquences sur le procès de béatification de Jean-Paul II (1978-2005), qui fut particulièrement lié aux Légionnaires du Christ et à leur fondateur. La presse américaine a récemment révélé que plusieurs proches collaborateurs du pape polonais, dont les cardinaux Angelo Sodano et Eduardo Martinez Somalo, ainsi que l’évêque polonais Stanislaw Dziwisz, à l’époque secrétaire du pape, auraient reçu de l´argent du P. Maciel afin que les enquêtes le concernant prennent fin. Selon le National Catholic Reporter, le cardinal Ratzinger aurait refusé les « offrandes » du fondateur des Légionnaires.

La suite dira si ces faits sont avérés ou non. Toujours est-il que dès le 6 janvier 2009, le quotidien suisse Le Temps, reprenant un article du Monde daté du 4 janvier, s’interrogeait sur le discernement de Jean-Paul II. Sous la plume de Patricia Briel, peu suspecte de sympathie à l’égard de Benoît XVI auquel elle a reproché la levée des excommunications des évêques de la Fraternité Saint-Pie X, on pouvait lire que Jean-Paul II, même s´il a été un « grand pape », selon elle, a « parfois manqué totalement de discernement ». Fasciné par le Père Maciel, Jean-Paul II « l´avait érigé en modèle pour la jeunesse en 1994. Or, le prêtre mexicain a été la cible, à plusieurs reprises au cours de sa vie, d´accusations graves, qu´il a toujours niées : trafic et consommation de drogues, pédophilie, abus sexuels sur de jeunes séminaristes, mensonges. En outre, il a eu au moins quatre enfants de deux femmes. » La journaliste insistait sur la protection dont a été l´objet le Père Maciel de la part de Jean-Paul II, contre l´avis du cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. En 1956 déjà, le Saint-Siège avait ordonné une enquête canonique contre le Père Maciel, qui fut suspens pendant près de trois ans. Mais le prêtre mexicain en ressortit blanchi, malgré les doutes exprimés par le principal enquêteur. Puis, poursuit Le Temps, en 1997, un quotidien américain, The Hartford Courant, publie le témoignage de huit séminaristes qui affirment avoir été abusés par lui lorsqu´ils avaient entre 10 et 16 ans. La Congrégation pour la doctrine de la foi est saisie de ces nouvelles accusations. Mais il semble que Jean-Paul II ait gelé l´instruction de ce dossier, selon des informations publiées en 2006 par le quotidien français La Croix. Ce n´est qu´à la mort du pape polonais – et même au moment de son agonie – que le cardinal Ratzinger relance l´enquête.

« Il faudra attendre la mort de Jean-Paul II pour que Joseph Ratzinger diligente enfin une enquête, qui révélera, entre autres, la pédophilie de Maciel ». La journaliste souligne que la procédure de béatification de Jean-Paul II est « rapide », sans doute trop rapide : « La distance est-elle suffisante pour établir un dossier sérieux sur un candidat à la sainteté ? ». « L´ampleur des scandales sexuels au sein de l´Eglise catholique devrait inciter Benoît XVI à attendre que toute la lumière soit faite sur l´attitude de Jean-Paul II dans cet épisode. La loi du silence a déjà causé trop de victimes et de dégâts pour l´image de l´Eglise », conclut Patricia Briel. (Sources : Imedia/Apic/ Le Monde/ Le Temps/ La Croix/ Le Figaro - DICI n°214 du 08/04/10)

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