Rapprochement entre Rome et Moscou
7-08-2010
Classé sous Actualités, Rome
Un climat de rapprochement entre Moscou et Rome se manifeste depuis quelque temps. En témoignent les récentes déclarations du patriarche orthodoxe russe Cyrille Ier qui a fait l’éloge de Benoît XVI dont il apprécie « les valeurs morales ». L´attitude du pape actuel « nous donne raison de rester optimistes », a-t-il ainsi fait savoir aux médias ukrainiens, selon un communiqué du patriarcat de Moscou daté du 19 juillet. « L´entente complète entre l´Eglise catholique et l´Eglise orthodoxe sur de nombreuses questions d´intérêt public ou d´ordre moral nous permet de travailler ensemble pour défendre les valeurs chrétiennes, en particulier au sein des organisations internationales » a-t-il également ajouté.
Cyrille Ier s’est dit, dans le même temps, « préoccupé » du renforcement des tendances libérales depuis la deuxième moitié du XXe siècle au sein de l´Eglise catholique. Le responsable religieux russe a même déploré que Benoît XVI soit toujours davantage critiqué par les théologiens libéraux et les médias des pays occidentaux.
Le cardinal Bertone ira en Russie
Cette surprenante déclaration médiatique du patriarche russe précède de quelques jours l’annonce de la visite en Russie, début 2011, du secrétaire d´Etat du Saint-Siège, le cardinal Tarcisio Bertone. L’objectif sera de « renforcer les liens avec la communauté catholique » mais aussi de « poursuivre le dialogue avec les autorités civiles et le patriarcat de Moscou », selon des propos cités par l’agence Imedia. Le « numéro deux » du Saint-Siège a souligné le souhait commun aux orthodoxes et aux catholiques de « travailler ensemble afin que l´Europe, comme le disait Jean-Paul II, respire à pleins poumons ». Benoît XVI avait lui aussi repris cette expression dans son discours à l´occasion du concert offert par le patriarche de Moscou pour le 5e anniversaire de son pontificat, en mai 2010.
Le Saint-Siège et la Russie ont établi des relations diplomatiques complètes en décembre 2009, ce qui a confirmé la tendance au réchauffement des relations depuis le décès du pape polonais, Jean-Paul II, et l’élection de Benoît XVI. Ainsi, l’hypothèse d´une rencontre entre le souverain pontife et le patriarche de Moscou, incongrue il y a encore quelques années, se fait de plus en plus sérieuse.
La « collaboration » de Benoît XVI
Ce climat de confiance est encore attesté par les paroles du nonce apostolique lors de la présentation de ses lettres de créance au ministre des Affaires étrangères russe. Le 15 juillet, Mgr Antonio Mennini n’a pas manqué d’assurer la « collaboration » de Benoît XVI en vue « de renforcer davantage les relations avec le gouvernement, mais aussi pour la croissance morale et spirituelle de la population russe ». Dans des propos rapportés le 27 juillet par Radio Vatican, Mgr Mennini a en outre rappelé que le Saint-Siège et la Fédération de Russie s´étaient « souvent trouvés en accord lors des différents forums internationaux pour la sauvegarde des valeurs morales et pour la promotion de la paix. »
« L’Europe a besoin des Eglises orthodoxes »
Pour le cardinal Walter Kasper, le rapprochement est inévitable car « la pleine intégration de l´Europe de l´Est et de l´Ouest est impossible sans le dialogue œcuménique et la contribution des Eglises orthodoxes d´Europe de l´Est ». Lors d´un entretien accordé à ENInews, en marge de l´Assemblée de la Fédération luthérienne mondiale (FLM), tenue à Stuttgart, en Allemagne, du 20 au 27 juillet, l’ancien président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens a souligné que le dialogue avec les Eglises orthodoxes était une priorité pour les deux papes sous lesquels il a servi, Jean-Paul II et Benoît XVI. « Les deux papes étaient vraiment favorables au dialogue œcuménique, en particulier au dialogue avec les Eglises orthodoxes », a-t-il affirmé. Le prélat allemand a toutefois avoué que le pire moment pour lui avait été au début de son mandat à la tête du Conseil pour la promotion de l’unité des chrétiens, à la suite d´une réunion avec les Eglises orthodoxes, en 2000 à Baltimore (USA). Cette réunion de Baltimore avait débouché sur une impasse concernant la question des communautés grecques-catholiques en Europe de l´Est et dans l´ex-Union soviétique. La présence en Ukraine de chrétiens de rite oriental fidèles à Rome, les uniates, constitue de fait le principal obstacle au dialogue œcuménique entre Rome et Moscou. (Sources : Radio Vatican/apic/imedia/kna/ENI – DICI n°220 du 07/08/10)