31 juillet 2010

Un jugement de Mgr de Galarreta sur les entretiens doctrinaux

6-01-2010  
Classé sous Actualités, Tradition

mgrdeG.1A la fin du sermon qu’il a prononcé le 19 décembre 2009, lors des ordinations sacerdotales au séminaire de La Reja (Argentine), Mgr Alfonso de Galarreta a livré quelques informations et appréciations sur les entretiens doctrinaux qui ont commencé en octobre dernier, entre Rome et la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Ce jugement, émanant de celui qui est à la tête de la délégation des théologiens de la Fraternité Saint-Pie X, est particulièrement intéressant. Nous donnons ici de larges extraits de son sermon, traduits en français à l’intention des lecteurs de DICI.

Mgr de Galarreta qualifie de « bon » le climat dans lequel s’est déroulé la première rencontre avec les théologiens romains, eu égard aux circonstances et aux espérances.

« Le 26 octobre dernier, a eu lieu la première réunion avec la Commission romaine, et si je ne peux évidemment pas rapporter certains détails, certaines circonstances ou certaines des choses qui ont été dites, je peux toutefois vous dire dans les grandes lignes ce qui s’est passé et ce que nous avons fait. Cette première rencontre fut relativement bonne ; je dis relativement parce que c’est bien en fonction des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons, et selon les espérances que l’on peut avoir réellement. Ainsi, en considérant ces circonstances et ce que l’on peut attendre, la réunion a été bonne. »

Puis Mgr de Galarreta précise que ces entretiens sont bons parce qu’ils sont exclusivement doctrinaux et qu’ils portent uniquement sur le Concile Vatican II et le magistère postconciliaire.

« Elle fut bonne d’abord parce que ces contacts se sont situés clairement sur le plan doctrinal. Il s’agit d’une commission qui a pour objectif l’étude de questions doctrinales, et qui n’a pas pour finalité de considérer ni théoriquement ni pratiquement quelque accord que ce soit, d’ordre purement juridique, purement canonique, purement pratique. Cette question-là est totalement exclue. Et cela a été bien précisé. C’est une discussion uniquement et exclusivement située au plan doctrinal.

« En second lieu, c’est une discussion sur le Concile Vatican II et le magistère postconciliaire. Exactement : le Concile et le magistère postconciliaire, le magistère postconciliaire et le Concile. Les sujets, les thèmes que nous traiterons ont Ă©tĂ© bien Ă©tablis ; ce sont ceux qui concernent toutes les questions, tous les thèmes que nous critiquons depuis quarante ans, spĂ©cialement la libertĂ© religieuse, les libertĂ©s modernes, la libertĂ© de conscience, la dignitĂ© de la personne humaine – comme on dit -, les droits de l’homme, le personnalisme, l’œcumĂ©nisme, le dialogue interreligieux, l’inculturation, la collĂ©gialitĂ© : cet Ă©galitarisme, ce dĂ©mocratisme et cette destruction de l’autoritĂ© qui s’est introduite dans l’Eglise ; ainsi que toutes les notions d’ecclĂ©siologie qui ont totalement changĂ© ce qu’est l’Eglise, cette question de l’auto-conscience de l’Eglise, l’Eglise-communion, l’Eglise sacrement, l’Eglise-Peuple de Dieu…, toutes ces notions nouvelles sur la relation entre l’Eglise et le monde. Ensuite la question de la Messe, de la nouvelle Messe, du nouveau missel, de la rĂ©forme liturgique…, et d’autres thèmes encore. Nous nous sommes mis d’accord pour avoir une discussion doctrinale sur tous ces thèmes-lĂ . Et ce qui est le plus important – et qui a Ă©tĂ© bien Ă©tabli de manière très claire -, c’est que l’unique critère commun et possible de ces discussions est le Magistère antĂ©rieur ; je le rĂ©pète : l’unique critère commun et possible, l’unique critère que nous acceptons, et c’est une condition sine qua non pour ces discussions, c’est le magistère antĂ©rieur au Concile Vatican II, le Magistère de toujours, la Tradition. »

La méthode de travail adoptée par les membres de la commission est également, aux yeux de Mgr de Galarreta, une garantie de sérieux.

« Je considère aussi que ce fut un bon dĂ©but, si l’on regarde la mĂ©thode qui a Ă©tĂ© adoptĂ©e. Il y aura des rĂ©unions tous les deux ou trois mois : trois mois quand il s’agit d’un thème nouveau, deux mois quand on poursuit sur un mĂŞme thème. Si nous commençons sur un thème et que nous le continuons, la rĂ©union suivante peut se faire dans les deux mois ; mais si nous devons prĂ©parer une nouvelle question, nous avons besoin de trois mois. Et il a Ă©tĂ© bien Ă©tabli que la FraternitĂ© - la dĂ©lĂ©gation que je dirige – fournira la première un travail sur un thème prĂ©cis. (…) Les experts romains doivent nous rĂ©pondre par Ă©crit, et ensuite, sur la base de ces deux textes se fera la discussion orale, laquelle donnera lieu aussi Ă  un document Ă©crit.

« Tout est enregistrĂ©, de leur cĂ´tĂ© comme du nĂ´tre, et, de plus tout est filmĂ©. Ainsi, bien que pour des raisons Ă©videntes on ne puisse pas rapporter tout ce que nous disons et Ă©tudions, sur tout il y aura un document – un tĂ©moignage Ă©crit, enregistrĂ© et filmĂ© – devant vous, devant l’Eglise, devant Dieu. A l’issue de chaque confrontation, on dresse comme un bilan qui dit s’il y a coĂŻncidence (des points de vue) ou pas, et oĂą est le problème. On dĂ©finit, on affine, et après chaque question, on rĂ©dige un dossier qui est transmis aux autres membres de la CongrĂ©gation pour la Doctrine de la Foi, si le PrĂ©fet le juge convenable, et Ă  une autre CongrĂ©gation si ce dicastère est concernĂ© par le thème Ă©tudiĂ©, – par exemple, celui de la Messe sera bien sĂ»r fait en collaboration avec la CongrĂ©gation de la Liturgie, du Culte divin. Et ensuite, sur tous les thèmes dĂ©battus, un dossier, un rĂ©sumĂ© rĂ©digĂ© par Ă©crit – comme je l’ai dit -, est remis au Pape et au SupĂ©rieur de la FraternitĂ©. Encore une fois, cette commission n’a pas pour objectif d’aboutir – ce qui serait nĂ©faste – Ă  une espèce d’accord doctrinal. Non ! Nous allons simplement donner un tĂ©moignage de la foi, la dĂ©fendre, faire le bien que nous pouvons, et de toute façon nous dĂ©fendrons l’honneur de Dieu, l’honneur de Notre Seigneur et l’honneur de l’Eglise, ce qui est l’essentiel, si vous avez bien compris ce que j’ai dit au dĂ©but (de ce sermon) sur la mĂ©diation et l’office du prĂŞtre, et c’est ce qui en tout cas suffit. »

La qualité intellectuelle des interlocuteurs romains leur permet de saisir parfaitement les objections formulées par les théologiens de la Fraternité Saint-Pie X. Mais, rappelle Mgr de Galarreta, seul Notre Seigneur peut éclairer les intelligences.

« Nos interlocuteurs – je me rĂ©fère ici spĂ©cifiquement Ă  ceux qui Ă©changent avec nous dans cette commission – sont des personnes avec lesquelles on peut parler, ils comprennent notre langage, ils comprennent ce que nous disons, ils comprennent très bien nos objections. Nous pouvons parler pacifiquement et en toute libertĂ©, cela est suffisant. Si jusque lĂ  tout dĂ©pendait de notre correspondance Ă  la grâce de Dieu, Ă  partir de maintenant nous pourrions dire que tout dĂ©pend entièrement de la grâce de Dieu ; parce que Dieu, Notre Seigneur, et seulement Lui, est le MaĂ®tre intĂ©rieur qui peut illuminer les intelligences et convertir. Seul Dieu peut toucher les cĹ“urs. Nous allons lĂ -bas comme pour prĂŞcher – comme ce que je suis en train de faire ici -, mais toucher votre intelligence ou votre cĹ“ur, seul Dieu peut le faire, et comme nous ne connaissons pas les desseins de Dieu, nous ne savons pas jusqu’oĂą cela ira. Ce que nous savons certainement c’est qu’Il peut tout. A Dieu rien n’est impossible. Et Il peut convertir quand Il veut, comme Il veut, qui Il veut. »

S’il reconnaît la part d’incertitude qui existe dans toute entreprise humaine, Mgr de Galarreta réaffirme nettement la double certitude qui est celle de la Fraternité Saint-Pie X dans ces entretiens.

« Je vous donne ces explications pour que vous ayez la tranquillitĂ© et l’assurance nĂ©cessaires. Si ces circonstances qui me paraissent absolument sĂ»res changeaient, alors nous Ă©tudierions si ces discussions, ces contacts doivent se poursuivre ou non. Nous savons clairement ce que nous ne sommes pas disposĂ©s Ă  accepter. Si nous ne savons pas parfaitement comment les choses peuvent Ă©voluer, nous savons en revanche très clairement ce que nous n’avons pas l’intention de faire, en aucune manière : premièrement cĂ©der sur la doctrine et deuxièmement faire un accord purement pratique. Avec ces conditions et les dispositions qui sont les leurs d’accepter de mettre pour la première fois en discussion le Concile – c’est la première fois qu’ils nous donnent la possibilitĂ© de leur prĂ©senter une critique doctrinale, profonde, fondĂ©e sur le Magistère de toujours, c’est la première fois ! – il est clair que nous devons le faire. Ensuite, Dieu dira ! La prudence nous montre ce que nous devons faire maintenant, mais non pas exactement ce que nous devons faire dans trois ou six mois, parce que les circonstances peuvent changer. Quoiqu’il en soit, ce qui est clair pour nous c’est que la mission de la FraternitĂ© est essentiellement, avant toute chose, avant mĂŞme d’aller Ă  Rome, de donner un tĂ©moignage de la foi. Nous devons continuer, sauvegarder, transmettre, vivre le vrai sacerdoce catholique. Nous devons garder, dĂ©fendre, vivre, transmettre le vrai sacrifice de la Messe. »

Les passages soulignés en gras l’ont été par la rédaction.

Voir:

La conférence du 10 janvier de Mgr Fellay à la Mutualité (Paris)

Lire :

Benoît XVI parle des entretiens théologiques entre la Congrégation de la foi et la Fraternité Saint-Pie X

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