11 septembre 2010

Le jugement de Mgr Brunero Gherardini sur le débat théologique entre la Tradition et le Concile Vatican II

10-07-2010  
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GherardiniBruneroDans le numĂ©ro de mai 2010 du Courrier de Rome (n°333), le professeur Paolo Pasqualucci propose un commentaire Ă©clairant de l’étude de Mgr Brunero Gherardini, parue dans la revue de thĂ©ologie Divinitas, sous le titre Quod et tradidi vobis – La tradizione vita e giovinezza della Chiesa (Quod et tradidi vobis. La Tradition, vie et jeunesse de l’Eglise), Ă©tude reprise en un volume par Casa Mariana Editrice.

Mgr Gherardini qui est l’auteur de Vatican II : un dĂ©bat Ă  ouvrir, paru en français au dĂ©but de l’annĂ©e, prĂ©sente dans Quod et tradidi vobis une analyse trĂšs pertinente du dĂ©bat thĂ©ologique entre la Tradition et le Concile Vatican II. Voici le large extrait que l’on peut lire dans le Courrier de Rome, proposant une liste de 9 points d’achoppement, Ă  laquelle nous avons ajoutĂ© les trois paragraphes qui suivent oĂč Mgr Gherardini n’hĂ©site pas Ă  donner un jugement personnel trĂšs explicite.

« En tentant d’établir une synthĂšse des positions dĂ©fendues par Mgr Lefebvre en faveur de la Tradition, et sans aucune prĂ©tention d’épuiser le sujet, il me semble que le conflit s’établit comme suit :

1. Une formation sacerdotale qui fonde ses principes sur la Tradition ecclĂ©siastique et dans les valeurs surnaturelles de la divine RĂ©vĂ©lation, face Ă  une formation sacerdotale ouverte Ă  l’horizon fluctuant de la culture en devenir perpĂ©tuel.

2. Une liturgie qui a certainement un point de force dans la Messe dite traditionnelle, face Ă  une liturgie [celle de la messe du Novus Ordo] anthropocentrique et sociologique, oĂč le collectif prĂ©vaut sur la valeur de l’individu, oĂč la priĂšre ignore l’aspect latreutique, oĂč l’assemblĂ©e devient l’acteur principal et Dieu cĂšde la place Ă  l’homme.

3. Une libertĂ© qui fait dĂ©pendre sa “libĂ©ration” du DĂ©calogue, des commandements de l’Eglise, des obligations du devoir d’état, du devoir de connaĂźtre, aimer et servir Dieu, face Ă  une libertĂ© qui met sur un pied d’égalitĂ© les cultes, passe sous silence la loi de Dieu, dĂ©sengage les individus et la sociĂ©tĂ© sur le plan Ă©thique et religieux, et laisse Ă  la seule conscience la solution de tous les problĂšmes.

4. Une thĂ©ologie qui puise ses contenus dans ses sources spĂ©cifiques (RĂ©vĂ©lation, MagistĂšre, Patristique, Liturgie), face Ă  une thĂ©ologie qui ouvre ses portes, jour aprĂšs jour, Ă  toutes les Ă©mergences culturelles du moment, mĂȘme Ă  celles qui sont en contradiction criante avec les sources rappelĂ©es ci-dessus.

5. Une sotĂ©riologie (Ă©tude de l’Ɠuvre du salut, ndlr) Ă©troitement unie Ă  la personne et Ă  l’Ɠuvre rĂ©demptrice du Verbe IncarnĂ©, Ă  l’action de l’Esprit-Saint, liĂ©e Ă  l’application des mĂ©rites du RĂ©dempteur, Ă  l’intervention sacramentelle de l’Église et Ă  la coopĂ©ration des baptisĂ©s, face Ă  une sotĂ©riologie qui regarde l’unitĂ© du genre humain comme consĂ©quence de l’incarnation du Verbe, dans lequel (cf. GS 22) chaque homme trouve sa propre identification.

6. Une ecclĂ©siologie qui identifie l’Église au Corps mystique du Christ et reconnaĂźt dans Sa prĂ©sence sacramentelle le secret vital de l’ĂȘtre et de l’agir ecclĂ©sial, face Ă  une ecclĂ©siologie qui considĂšre l’Église catholique comme une composante parmi d’autres de l’Église du Christ, et qui, dans cette fantomatique Église du Christ, endort l’esprit missionnaire, dialogue mais n’Ă©vangĂ©lise pas, et surtout renonce au prosĂ©lytisme comme si c’était un pĂ©chĂ© mortel.

7. Une Messe-Sacrifice expiatoire, qui cĂ©lĂšbre le mystĂšre de la passion, de la mort et de la rĂ©surrection du Christ, en reprĂ©sentant sacramentalement la rĂ©demption satisfactoire, face Ă  une Messe oĂč le prĂȘtre est seulement le prĂ©sident et oĂč chacun prend une part “active” au sacrement, grĂące au fait que la foi ne se fonde pas sur Dieu qui se rĂ©vĂšle, mais est une rĂ©ponse existentielle faite Ă  Dieu qui nous interpelle.

8. Un MagistĂšre conscient d’avoir la garde du dĂ©pĂŽt sacrĂ© de la RĂ©vĂ©lation divine avec le devoir de l’interprĂ©ter et de la transmettre aux gĂ©nĂ©rations futures, face Ă  un MagistĂšre papal qui, loin de se sentir la voix de l’Eglise enseignante, soumet l’Eglise elle-mĂȘme au collĂšge des Ă©vĂȘques, dotĂ© des mĂȘmes droits et devoirs que le Pontife Romain.

9. Une religiositĂ© qui rĂ©alise la vocation commune au service de Dieu et, par amour pour Lui, des frĂšres en humanitĂ©, face Ă  une religiositĂ© qui renverse cet ordre naturel, fait de l’homme son centre et, du moins dans la pratique sinon dans la thĂ©orie, le substitue Ă  Dieu.

« De ce qui prĂ©cĂšde, on peut facilement dĂ©duire comment la FraternitĂ© Saint-Pie X comprend la Tradition. En effet, la Tradition est tout le contraire de ce que la FraternitĂ© nie et de ce Ă  quoi elle s’oppose. Directement ou entre les lignes, elle nie les innovations des documents conciliaires et leurs applications postconciliaires, et elle s’oppose Ă  l’usage sauvage qui en a Ă©tĂ© fait avec dĂ©sinvolture.

« Il est vrai que dans les Ă©crits de la FraternitĂ© Saint-Pie X le concept de Tradition n’est pas souvent expliquĂ©, et l’on n’y trouve pas de dĂ©veloppement systĂ©matique. Mais ce qui est compris, tout comme ce qui est conjecturĂ©, ne reste jamais dans l’ombre. A la base de tout se tient “la foi de toujours” pour la sauvegarde de laquelle la FraternitĂ© est nĂ©e. ‘Sauvegarde’ indique une opposition Ă  quelque chose de prĂ©sent ou de possible, en faveur de son contraire ou de son remplacement. La « foi de toujours » est la valeur que Mgr Lefebvre entendait sauvegarder, une valeur en remplacement de toutes les attĂ©nuations, rĂ©interprĂ©tations, rĂ©ductions et nĂ©gations de l’époque conciliaire et postconciliaire. Cette “foi de toujours” est l’écho bien clair de l’enseignement augustinien rĂ©sumĂ© dans la formule de saint Vincent de LĂ©rins : “Quod semper, quod ubique, quod ab omnibus creditum est” (Saint Vincent de LĂ©rins, Commonitorium, c. 23). L’institution mĂȘme de la FraternitĂ©, avec sa finalitĂ© premiĂšre qui est la formation sacerdotale, obĂ©it Ă  cet idĂ©al, Ă  l’engagement pour sa sauvegarde. Sauvegarder la foi et combattre l’erreur.

« Je n’entre pas dans les dĂ©tails des relations, difficiles, entre le Saint-SiĂšge et la FraternitĂ© Saint-Pie X. Je m’en tiens au thĂšme commun de la Tradition et j’observe que “sauvegarder la foi et combattre l’erreur” devrait ĂȘtre l’idĂ©al et l’engagement tant de l’Eglise que de ses fils. À la lumiĂšre de cela, il m’est difficile de comprendre comment le reproche de “Tradition incomplĂšte et contradictoire”, formulĂ© par Jean-Paul II en 1988 (Motu Proprio Ecclesia Dei, 2 juillet 1988), peut avoir un rĂ©el fondement. Ce que je comprends, c’est qu’il ne s’agit pas de l’ “esprit d’Assise”» (Mgr Gherardini, Quod et tradidi vobis – La tradizione vita e giovinezza della Chiesa, Ed. Casa Mariana Editrice, pp. 241-244).

(Traduit de l’italien – DICI n°218 du 10/07/10)

Courrier de Rome – B.P. 10156 – 78001 Versailles Cedex ou courrierderome@wanadoo.fr – Abonnement : 20 € (Suisse : CHF 40, Etranger : 24 €)

Mgr Brunero Gherardini, Le Concile ƓcumĂ©nique Vatican II : un dĂ©bat Ă  ouvrir – Disponible au Courrier de Rome : 15 € + 3 € de port

Lire sur le mĂȘme sujet :

Parution des Actes du IXe congrĂšs du Courrier de Rome

Voir également :

Vatican II : Un débat à ouvrir (vidéo)

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