Le jugement de Mgr Brunero Gherardini sur le débat théologique entre la Tradition et le Concile Vatican II
10-07-2010
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Dans le numĂ©ro de mai 2010 du Courrier de Rome (n°333), le professeur Paolo Pasqualucci propose un commentaire Ă©clairant de lâĂ©tude de Mgr Brunero Gherardini, parue dans la revue de thĂ©ologie Divinitas, sous le titre Quod et tradidi vobis â La tradizione vita e giovinezza della Chiesa (Quod et tradidi vobis. La Tradition, vie et jeunesse de lâEglise), Ă©tude reprise en un volume par Casa Mariana Editrice.
Mgr Gherardini qui est lâauteur de Vatican II : un dĂ©bat Ă ouvrir, paru en français au dĂ©but de lâannĂ©e, prĂ©sente dans Quod et tradidi vobis une analyse trĂšs pertinente du dĂ©bat thĂ©ologique entre la Tradition et le Concile Vatican II. Voici le large extrait que lâon peut lire dans le Courrier de Rome, proposant une liste de 9 points dâachoppement, Ă laquelle nous avons ajoutĂ© les trois paragraphes qui suivent oĂč Mgr Gherardini nâhĂ©site pas Ă donner un jugement personnel trĂšs explicite.
« En tentant dâĂ©tablir une synthĂšse des positions dĂ©fendues par Mgr Lefebvre en faveur de la Tradition, et sans aucune prĂ©tention dâĂ©puiser le sujet, il me semble que le conflit sâĂ©tablit comme suit :
1. Une formation sacerdotale qui fonde ses principes sur la Tradition ecclĂ©siastique et dans les valeurs surnaturelles de la divine RĂ©vĂ©lation, face Ă une formation sacerdotale ouverte Ă lâhorizon fluctuant de la culture en devenir perpĂ©tuel.
2. Une liturgie qui a certainement un point de force dans la Messe dite traditionnelle, face Ă une liturgie [celle de la messe du Novus Ordo] anthropocentrique et sociologique, oĂč le collectif prĂ©vaut sur la valeur de lâindividu, oĂč la priĂšre ignore lâaspect latreutique, oĂč lâassemblĂ©e devient lâacteur principal et Dieu cĂšde la place Ă lâhomme.
3. Une libertĂ© qui fait dĂ©pendre sa âlibĂ©rationâ du DĂ©calogue, des commandements de lâEglise, des obligations du devoir dâĂ©tat, du devoir de connaĂźtre, aimer et servir Dieu, face Ă une libertĂ© qui met sur un pied dâĂ©galitĂ© les cultes, passe sous silence la loi de Dieu, dĂ©sengage les individus et la sociĂ©tĂ© sur le plan Ă©thique et religieux, et laisse Ă la seule conscience la solution de tous les problĂšmes.
4. Une thĂ©ologie qui puise ses contenus dans ses sources spĂ©cifiques (RĂ©vĂ©lation, MagistĂšre, Patristique, Liturgie), face Ă une thĂ©ologie qui ouvre ses portes, jour aprĂšs jour, Ă toutes les Ă©mergences culturelles du moment, mĂȘme Ă celles qui sont en contradiction criante avec les sources rappelĂ©es ci-dessus.
5. Une sotĂ©riologie (Ă©tude de lâĆuvre du salut, ndlr) Ă©troitement unie Ă la personne et Ă lâĆuvre rĂ©demptrice du Verbe IncarnĂ©, Ă lâaction de lâEsprit-Saint, liĂ©e Ă lâapplication des mĂ©rites du RĂ©dempteur, Ă l’intervention sacramentelle de l’Ăglise et Ă la coopĂ©ration des baptisĂ©s, face Ă une sotĂ©riologie qui regarde l’unitĂ© du genre humain comme consĂ©quence de l’incarnation du Verbe, dans lequel (cf. GS 22) chaque homme trouve sa propre identification.
6. Une ecclĂ©siologie qui identifie l’Ăglise au Corps mystique du Christ et reconnaĂźt dans Sa prĂ©sence sacramentelle le secret vital de l’ĂȘtre et de l’agir ecclĂ©sial, face Ă une ecclĂ©siologie qui considĂšre l’Ăglise catholique comme une composante parmi dâautres de l’Ăglise du Christ, et qui, dans cette fantomatique Ăglise du Christ, endort l’esprit missionnaire, dialogue mais n’Ă©vangĂ©lise pas, et surtout renonce au prosĂ©lytisme comme si câĂ©tait un pĂ©chĂ© mortel.
7. Une Messe-Sacrifice expiatoire, qui cĂ©lĂšbre le mystĂšre de la passion, de la mort et de la rĂ©surrection du Christ, en reprĂ©sentant sacramentalement la rĂ©demption satisfactoire, face Ă une Messe oĂč le prĂȘtre est seulement le prĂ©sident et oĂč chacun prend une part âactiveâ au sacrement, grĂące au fait que la foi ne se fonde pas sur Dieu qui se rĂ©vĂšle, mais est une rĂ©ponse existentielle faite Ă Dieu qui nous interpelle.
8. Un MagistĂšre conscient d’avoir la garde du dĂ©pĂŽt sacrĂ© de la RĂ©vĂ©lation divine avec le devoir de l’interprĂ©ter et de la transmettre aux gĂ©nĂ©rations futures, face Ă un MagistĂšre papal qui, loin de se sentir la voix de lâEglise enseignante, soumet lâEglise elle-mĂȘme au collĂšge des Ă©vĂȘques, dotĂ© des mĂȘmes droits et devoirs que le Pontife Romain.
9. Une religiositĂ© qui rĂ©alise la vocation commune au service de Dieu et, par amour pour Lui, des frĂšres en humanitĂ©, face Ă une religiositĂ© qui renverse cet ordre naturel, fait de lâhomme son centre et, du moins dans la pratique sinon dans la thĂ©orie, le substitue Ă Dieu.
« De ce qui prĂ©cĂšde, on peut facilement dĂ©duire comment la FraternitĂ© Saint-Pie X comprend la Tradition. En effet, la Tradition est tout le contraire de ce que la FraternitĂ© nie et de ce Ă quoi elle sâoppose. Directement ou entre les lignes, elle nie les innovations des documents conciliaires et leurs applications postconciliaires, et elle sâoppose Ă lâusage sauvage qui en a Ă©tĂ© fait avec dĂ©sinvolture.
« Il est vrai que dans les Ă©crits de la FraternitĂ© Saint-Pie X le concept de Tradition nâest pas souvent expliquĂ©, et lâon nây trouve pas de dĂ©veloppement systĂ©matique. Mais ce qui est compris, tout comme ce qui est conjecturĂ©, ne reste jamais dans lâombre. A la base de tout se tient âla foi de toujoursâ pour la sauvegarde de laquelle la FraternitĂ© est nĂ©e. âSauvegardeâ indique une opposition Ă quelque chose de prĂ©sent ou de possible, en faveur de son contraire ou de son remplacement. La « foi de toujours » est la valeur que Mgr Lefebvre entendait sauvegarder, une valeur en remplacement de toutes les attĂ©nuations, rĂ©interprĂ©tations, rĂ©ductions et nĂ©gations de lâĂ©poque conciliaire et postconciliaire. Cette âfoi de toujoursâ est lâĂ©cho bien clair de lâenseignement augustinien rĂ©sumĂ© dans la formule de saint Vincent de LĂ©rins : âQuod semper, quod ubique, quod ab omnibus creditum estâ (Saint Vincent de LĂ©rins, Commonitorium, c. 23). Lâinstitution mĂȘme de la FraternitĂ©, avec sa finalitĂ© premiĂšre qui est la formation sacerdotale, obĂ©it Ă cet idĂ©al, Ă lâengagement pour sa sauvegarde. Sauvegarder la foi et combattre lâerreur.
« Je n’entre pas dans les dĂ©tails des relations, difficiles, entre le Saint-SiĂšge et la FraternitĂ© Saint-Pie X. Je mâen tiens au thĂšme commun de la Tradition et jâobserve que âsauvegarder la foi et combattre lâerreurâ devrait ĂȘtre lâidĂ©al et lâengagement tant de lâEglise que de ses fils. Ă la lumiĂšre de cela, il mâest difficile de comprendre comment le reproche de âTradition incomplĂšte et contradictoireâ, formulĂ© par Jean-Paul II en 1988 (Motu Proprio Ecclesia Dei, 2 juillet 1988), peut avoir un rĂ©el fondement. Ce que je comprends, câest quâil ne sâagit pas de lâ âesprit dâAssiseâ» (Mgr Gherardini, Quod et tradidi vobis â La tradizione vita e giovinezza della Chiesa, Ed. Casa Mariana Editrice, pp. 241-244).
(Traduit de lâitalien â DICI n°218 du 10/07/10)
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Mgr Brunero Gherardini, Le Concile ĆcumĂ©nique Vatican II : un dĂ©bat Ă ouvrir â Disponible au Courrier de Rome : 15 ⏠+ 3 ⏠de port
Lire sur le mĂȘme sujet :
Parution des Actes du IXe congrĂšs du Courrier de Rome
Voir également :
Vatican II : Un débat à ouvrir (vidéo)

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